cloudsleeping

08 janvier 2012

Ugly Duckling: interview

 

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Ugly Duckling:

The Trouble Album!

On croise nos trois mal appris par téléphone...  ils sont sur la route, en cavale quelque part dans une station service dans un quelconque far west anglais nous disent-ils. Le trio américain s'est toujours fendu d'un hip hop old school riche en breaks percutants et en textes autant que drôles que sensés, contestant souvent le mouvement de l’intérieur, ce qui lui a valu l’ire du gratin gangsta et… de tourner plusieurs fois autour du globe écumant les salles de concerts. L'objet de la rencontre? Des infos, une clé, un code, une carte, une planque qu'importe. Ce qu'on veut c'est qu'il nous parle de leur cinquième plaque, ‘Moving At Breakneck Speed’ et savoir si on aura droit à une concert surprise en Belgique.

 

Dizzy :  « Sur cet album, on voulait traduire toute l’atmosphère qu’on connaît lorsqu’on est sur la route. En tournée, on cavale comme des fous pour se rendre d’une salle de concert à l’autre, d’un coin à l’autre de la planète. Ca fonce dans tous les sens, et on ne s’arrête jamais ! On a retranscrit cela en une poursuite entre une bande de gangsters et nous qui sommes  chassé à travers toute la planète. En réalité ces méchants sont la personnification de cette lutte dans laquelle on est lorsqu’on bosse dans l’entertainment : tout peut très vite s’arrêter donc si on veut rester dans la course il faut foncer, aller partout où c’est possible et faire notre truc. »

 

Oui on a vraiment l’impression que c’est la somme de tout ce que vous pouvez rencontrer de positif et de négatif dans ce métier…

Dizzy : «  Absolument, on a toujours voulu faire un « trouble album ». Donc on s’est dit, faisons un truc qui serait une sorte de chasse où nous serions les gars traqués. Car c’est quand même pas facile de mener ta barque, surtout quand tu commences à prendre de l’âge, tu te dis, « est-ce que je vais continuer à être pertinent ? Est-ce que le public va continuer à s’intéresser à notre musique ? Est-ce qu’on ne devrait pas arrêter ? etc. » Du coup, tu as intérêt à être très très rapide et à garder la forme ! »

 

Alors c’est une grande victoire que vous avez avec ‘Moving At Breakneck Speed’… mais n’est-ce pas aller à contre courant que de continuer à proposer du hip hop old school ?

Dizzy : « C’est juste de la « sample music » avec des loops et des samples. Oui c’est un style de production à l’ancienne mais c’est comme ça qu’on a commencé et c’est ça le hip hop. Tout le reste n’est venu que s’ajouter, se greffer à cela. Mais on n’a pas l’impression de faire du old school ou du ceci ou cela. On fait juste du hip hop comme on souhaite le faire. Je comprends qu’il soit à présent différent des débuts, avec toute l’électronique et l’importance des producteurs mais cela ne nous intéresse pas. Je pense qu’ils font très bien ce qu’ils ont à faire mais nous, on est bon dans cette « sample music », c’est cela qui nous intéresse et on n’éprouve pas le besoin de changer. Tu sais, on a vu tellement de tendances dans le hip hop qui vont et qui viennent et nous, on a survécu, on est toujours là. Alors pourquoi devrait-on changer ? »

 

En effet, comment expliquer votre longévité, ce n’est pas si courant dans le milieu…

Dizzy : « Bon tout d’abord, on travaille pour presque pas cher, on est donc tout le temps booké pour des concerts, c’est comme ça qu’on survit (rire) ! Mais curieusement en Belgique, on n’a pas encore de concerts prévus, vous êtes trop riches ou quoi (rire) ? C’est aussi une question de chance et surtout on est bon ! Et ce qui fait aussi de nous un groupe unique c’est nos concerts : toute notre réputation vient de là je crois. »

Dans un de vos premiers titres, ‘A Little Samba’ on comprend bien le dialogue mi-enjoué, mi agressif que vous avez entre les deux MC’s. C’est un peu comme les dirty dozens que les Afro-américains pratiquaient pour se chambrer à l’époque de l’esclavage ?

Dizzy : « Oui et le plus drôle ce qu’on applique cela à ce que la culture hip hop est devenue dans certains de ses aspects les plus matérialistes genre, « ah, tu est si riche, t’as une grosse bagnole, tes gonzesses etc. » On joue avec cela et on en rigole car pour moi le hip hop à l’origine c’est une musique sur la réalité par opposition à tout ce que la musique disco et mainstream pouvait avoir de superficiel, le strass et les paillettes tout ça… Or cette musique qui est ancrée dans le réel a commencé à propager une fausse image d’elle-même. C’est souvent ce qui ressort de nos textes en fait et le mode du dialogue permet de ressortir cela de façon très vivante, avec humour et dérision. Le hip hop est une musique humoristique et très souvent le hip hop ne parle de rien d’autre que de hip hop. On parle de notre culture et de ce qu’on ressent par rapport à notre musique. Et quand il y a des menaces qui pèsent sur elle comme ce matérialisme effréné qui est en totale contradiction avec la réalité, on veut discuter, palabrer et se disputer là-dessus. C’est aussi une façon de marquer ton identité et de dire que tu n’as pas peur d’être honnête avec toi-même. On n’est pas plein aux as, on n’a pas de Lamborghini, on n’est pas des gangsters ni des voyous… en fait dans notre nouveau disque c’est plutôt eux qui nous traque (rire) mais on a toujours pris ce contre-pied ! Croire qu’on est un Scareface parce qu’on fait du hip hop n’est pas être authentique et honnête avec soi même selon moi. »

 

Pourtant c’est précisément cette image gangsta qui attire beaucoup de gens vers le hip hop…

Dizzy : « Oui, et je peux comprendre cela jusqu’à un certain point. Quand tu es un teenager ça fait du bien et c’est gratifiant d’être en rébellion, tu crois avoir un certain pouvoir en refusant le pouvoir de l’adulte. En plus c’est un fantasme puissant de pouvoir se dire : « Je fais ce que je veux. Je vends de la drogue, des femmes, j’ai plein de fric, des grosses bagnoles, je suis le plus puissant, je butte qui je veux… ». Mais une fois adulte, faut quand même se poser quelques questions hein, celle de son identité, de son intégrité. On ne peut rien faire par rapport à ce que les gens aiment ou n’aiment pas et tant qu’il y aura de la demande pour du gangsta rap, il y aura des fournisseurs. Mais tôt ou tard, les gens finissent par rechercher quelque chose de plus profond. En tout cas c’est ce qui est arrivé à moi et à pas mal d’autres… Quand j’ai écouté De La Soul ou A Tribe Called Quest pour la première fois cela m’a réellement libéré. J’espère qu’on arrive par notre musique à proposer quelque chose qui apporte un peu plus de conscience et de créativité. »

 

Justement, l’album présente des titres avec des samples redoutables…

Dizzy : « Oui on a travaillé avec des quantités invraisemblables de samples. C’est un processus très fastidieux : on a fait en sorte qu’il y ait plusieurs couchent des samples de sorte à offrir une plus grande profondeur à nos morceaux. On joue sait jouer des instruments de musique, on comprend les théories musicales etc, mais quand on a une idée en tête c’est parfois très difficile de trouver le sample qui marchera dans le puzzle. Ça a l’air tout simple comme cela mais c’est un sacré boulot ! On a été particulièrement attentif au processus de production et c’est du 100% sample ! On espère que les gens vont apprécier cela d’autant qu’on a beaucoup développé les mélodies et les harmonies également. On a bossé dur mais voilà, on adore faire ça ! »

 

Un album aussi remuant et rapide, ça doit bien donner sur scène, comment se passe la tournée que vous avez commencée ?

Dizzy : « Ca se passe très bien, le public est très réceptif, d’autant en effet qu’on joue vite, ce qui est un peu inhabituel dans le hip hop en général qui reste souvent calé dans le même tempo. Sur un disque ça peut marcher mais en live, c’est parfois gonflant. C’est une de nos marques de fabrique en live. En cela on sacrifie un peu au hip hop traditionnel mais cela paie quand on est sur scène car cela nous permet de faire des choses que les autres groupes de hip hop ne peuvent pas faire. Dis aux promoteurs belges qu’on travaille pour pas cher ! »

 

Ugly Duckling

‘Moving At Breakneck Speed’

Special Records/Bertus

Ugly Duckling ça a toujours été la gouaille rap old school avec trois espèce de clowns qui vous racontent les excès du matérialisme et de la hype hip hop, en ayant le bon goût de se mettre dedans, pratiquant l’art de l’autodérision depuis cinq album déjà… ce qui n’est pas courant dans le milieu (cf. ‘A Little Samba’ sur ‘Journey To Anywhere’). Mais ce trio n’est pas qu’une bande de joyeux drilles craquant quelques bonnes blagues track après track. C’est aussi un excellent DJ, Young Eisntein, au son old school certes, mais diablement bigarré, funky et même explosif. C’est ce qui caractérise ‘Moving At Breakneck Speed’ : un album très dynamique aux arrangements qui évoluent constamment. Faut dire que le trio a le feu aux fesses : poursuivi par un gang diabolique de criminels cherchant à éliminer le UD, nos héros désespérés courent à travers la planète pour leur échapper… et donner d’excellents concerts ! En effet, ce groupe a beaucoup voyagé et cherche à capturer cette fois-ci l’esprit troubadour d’un groupe de hip hop constamment en mouvement. Album au funk trépidant, on saute d’un titre à l’autre à toute vitesse, échappant chaque fois à un scratch près à leurs assaillants qui sont devenus les nôtres et on termine l’album à bout de souffle ! (jd)

 

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18 décembre 2011

CD Top 11 2011

 

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Top 11 2011 :

 

  1. Huun Huur Tu : ‘Ancestors Call’ World Village

Retour sur la fin de l’année dernière où je découvre ce disque trop tard pour le mettre dans mon top 10. Une véritable révélation pour moi mais un groupe qui existe depuis plus de 15 ans. Originaire de la région de Tuva en Mongolie, les chants irréels de ce groupe sont tirés des traditions chamaniques ancestrales de même que d’influences plus modernes. Ils sont accompagnés avec une infinie délicatesse par l’un ou l’autres instruments locaux comparables à un violoncelle à deux cordes, au saz, à la flûte. Chaque titre est un souffle qui tournoie et vous enveloppe dans une expérience forte qui remue quelque chose au fond de soi, comme un appel ineffable à l’harmonie.

 

  1. Various : ‘Sofrito : Tropical Discothèque’ Strut
  2. Mama Rosin & Hipbone Slim : ‘Louisiana Sun’ Voodoo Records
  3. Orchestre Poly Rythmo : ‘Cotonou Club’ Strut
  4. Black Lips : ‘Arabia Mountains’ Vice Records
  5. Various : ‘Tradi-mods vs. Rockers’ Crammed
  6. Aurelio : ‘Laru Beya’ Real World
  7. Various : ‘R&B Hipshakers Vol. 2’ Vampisoul
  8. Megafaun : ‘Megafaun’ Crammed
  9. Lotek : ‘International Rudeboy’ First Word Records/Rough Trade
  10. Various: 'Keb Darge & Little Edith's Legendary Wild Rockers' BBE

 

***

Various

‘Dr Boogie Presents : Bear Traces’

Subrosa

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C’est toujours un régal d’écouter ses émissions et de découvrir ses nouvelles compilations, à Dr Boogie ! C’est quand même l’un des spécialistes les plus réputés du genre et il partage ici les trouvailles qu’il a effectuées dans ce qui reste de la fabuleuse collection de 78 tours de Bob Hite (dit the Bear vu sa corpulence), co-fondateur de Canned Heat. L’idée est cette fois de présenter des titres plus obscures voire exotiques (et non plus les grands noms de blues comme sur une de ses précédentes compilations). Du boogie, encore du boogie bien sûr, du vrai, du tout bon tel qu’on le jouait rude et nerveux à l’époque où l’on enregistrait en 78 tours… Quelques accords répétés obstinément au piano ou à l’orgue (Lenny Dee qui ouvre remarquablement le disque), des saxos époustouflants, un peu de guitare aussi (avec un jeune Lightnin’ Hopkins féroce et précurseur). Les quelques accents exotiques sont une des caractéristiques de cette compilation : un boogie arrangé à l’hawaïenne avec ‘Hupahula boogie’, un autre à l’orientale grâce à Preston Love, du latino avec une reprise du célébrissime ‘Tequila’, un ‘Why Don’t You Do Right’ qui cogne sur un blues/calypso délicieusement bancal, ou encore ‘Congo Mambo’ bourré de percussions. Puis en fin de disque, Taps Miller a immortalisé notre fierté nationale, le Manneken Pis, en un boogie furibard. Le son est d’époque bien sûr, du 78 tours, mais tout est bien conservé et nettoyé juste ce qu’il faut de sorte que quand un saxe commence à souffler, vous avez les oreilles qui chauffent… et puis tout le corps aussi : c’est ça le boogie ! C’est fait pour bouger, pour danser comme des fous, comme dans les juke joints de l’époque ! (jd)

 

***

Various

‘The Lost Notebooks Of Hank Williams’

Sony Music

Lorsqu’il meurt à 29 ans, ce pionnier du country/folk à qui Bob Dylan doit beaucoup, laissait quelques « notebooks ». C’est là que Hank Williams notait ses idées de chansons qu’elles fussent abouties ou non. C’était en 1953. Perdus et retrouvés dans de rocambolesques situations, un de ces notebook présente des chansons suffisamment abouties pour pouvoir être interprétées par des musiciens du 21ème siècle. C’est Bob Dylan qui pilote le projet, lui-même ayant confié à des musiciens country et pop la délicate tâche de donner voix et mélodie à des chansons que seul Hank Williams avait en tête : la star du country Alan Jackson, aussi bien que Jack White (qui s’abstient d’en faire trop), Holly Williams (la petite fillotte), Levon Helm (l’autre pionnier des sixties) ou encore Norah Jones, sans oublier Bob lui-même ainsi que son fils. Chacun y va de son interprétation (il ne serait pas correct de parler de reprise) et tout ce beau monde arrive à donner merveilleusement vie à tous ces titres : tout y est d’une justesse absolue, sans fioriture et vous fera presque autant pleurer ou danser que si c’était Hank qui les chantait. Et pour nous, de souhaiter une belle vie à ces « nouvelles » chansons de Hank Williams, non sans oublier d’aller piocher dans le répertoire original de cette figure emblématique de la culture américaine ! (jd)

 

Wynton Marsalis & Eric Clapton

‘Play The Blues’

Drumlin Limited

41ZgwV1SPyLLes Marsalis sont une véritable dynastie dans le jazz de New Orleans. C’est à Wynton, le brillant trompettiste (aussi bien en jazz qu’en classique) de la famille que Clapton avait fait appel, presque incidemment, sur son dernier album. Celui-ci possédait déjà quelque accent de la Big Easy et voici une certaine prolongation de cette rencontre sous la forme d’un live at the Lincoln Center où il est simplement question de blues. Ça démarre à fond la caisse avec un classique de jazz trad très bien dans son style natal, ‘Ice Cream’. Puis on continue en mode blues. Alors que la filiation jazz/blues est on ne peut plus claire, ‘Fourty Four’ sonne pourtant un peu ampoulé. Het bootert niet comme on dit de l’autre côté de la frontière. D’autres titres suivent, aussi lents qu’une procession funéraire à la Crescent City, on même droit à une version du classique de Clapton, ‘Layla’ qu’il avait déjà retravaillé en jazzy sur ‘Unplugged’. La consanguinité avec la tradition jazz est intéressante mais cette version un quelque peu bizarre, un peu contreplaqué voire lourdaud. Et globalement c’est ce qui ressort de ce disque : Clapton a beau être un bleusman excellent et fascinant, il apparaît ici qu’il ne sait pas vraiment swinger ! Ses solos habituellement si précis et remplis d’émotions apparaissent ici presque filandreux comparé à l’agilité robuste du jazz made in New Orleans que nous joue Wynton et son orchestre. Disque plaisant et intéressant néanmoins, talking « all that jazz » beaucoup plus que « all that blues ». (jd)

 

Various

‘Gilles Peterson Presents : The New Cuban Underground’

Brownswood Records

Quelque peu déçu de sa prestation pour le moins très sage à Strictely Niceness mi-novembre, c’est avec un mélange de curiosité et de perplexité que je me plonge dans cette double compil de Gilles Peterson. Il a eu le temps de bien bosser son dossier et il nous sort des galettess effectivement assez passionnantes pour qui souhaite s’immerger dans le Cuba actuel, du moins celui d’une certaine catégorie sociale qui a zappé le reggaeton autant que Buena Vista. Le premier disque est constitué notamment de douze musiques de Gilles jouées par le groupe qu’il a lui-même constitué, le « Havana Cultura Band », dirigé par le pianiste Roberto Fonseca. D’une sonorité très fraîche et moderne, cette plaque a  profité de la participation d’artistes talentueux tels que Mayra Caridad Valdés, Ogguere ou Danay. Le second disque est une compilation de 16 titres, certains déjà sortis, d’autres non, mais tous composés par les plus grands noms de la musique cubaine : Los Aldéanos, Telmary, Yusa, Kelvis Ochoa, Doble Filo, Descemer Bueno, Gente de Zona, Harold Lopez Nussa, Kumar, Free Hole Negro, Cubanito 20.02, Wichy de Vedado, Tony Rodriguez ou encore le Creole Choir of Cuba qui donne une touche traditionnelle mais inédite. Au final on ne peut que se ranger à cette initiative qui vise à faire mieux connaître et exporter cette nouvelle musique cubaine qui atteste d’une créativité assez bouillonnante tout en étant ancrée dans une identité très forte !

 

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‘Live In The West’

Sony Music

En pêchant à la Médiathèque, parfois on a de la chance, parfois pas. Pas de bol de tomber sur l’album ‘Rock’n’Roll’ pour découvrir John Lennon à l’époque. Du bol de tomber sur ce ‘Live In The West’ et découvrir Hendrix sur son terrain de jeu favoris, la scène. Il triture ses propres compositions, il improvise et il se fend de reprises orgiaques. Telle ce pauvre ‘Johnny B Good’ dont il cannibalise chacune des notes possibles et imaginables avec un régal guitaristique inégalé : il dépèce la chaire crue des riffs et des solos avec un appétit d’ogre empruntant tout ce qu’il sait du blues, du rock et jetant au passage les bases de tout ce qui suivra, métal, psyché, punk… grand sourire béat en fin de morceaux et quelques gouttes de sang au bord des lèvres, absolument monstrueux ! Mais le reste est très haut vol également, tel ce ‘Blue Suede Shoes’ où il prend le contre pied au rock’n’roll, ce ‘Little Wing’ tout épuré, ‘Red House’ joué en blues de la dernière heure (mais pas la première fois qu’il joue cette version) et l’anecdotique reprise de ‘Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band’. Quelques inédits intéressants mais connus viennent augmenter cette réédition tels que ‘Fire’. Encore un des points culminants de la discographie live de Hendrix. (jd)

 

Anthony Joseph & The Spasm Band

‘Rubber Orchestras’

Naïve

L’écrivain originaire de Trinidad nous envoie sa troisième plaque de son London d’adoption. Premier constat est qu’il est moins percussif que son prédécesseur ‘Bird Head Son’. On retrouve par contre ces climats moites et tendus où les musiciens d’Anthony font toujours merveille afin de lui offrir un remarquable écrin musical où il pose ses textes et son slam incantatoire. Les musiciens s’orientent d’avantage vers l’afrobeat qui bien sûr est un terrain de jeu idéal pour Anthony et sont accompagnés cette fois par des choristes qui accentuent les racines africaines, comme le très bien nommé titre d’ouverture, ‘Griot’. Posant ses histoires avec toujours autant de facilité, Anthony signe de sa griffe un pure titre afrobeat à la basse galopante et aux cuivres lustrés par ces excellents un shoeshine boys. Soul, funk, afro, psyché toutes les influences black y passe, alors que le drummer boy de ‘Cobra’ vous emmène en plein milieu des folies d’une transe vaudou. On s’attendait juste à y trouver un peu plus de sons made in Trinidad comme il nous l’avait laissé entendre lors de l’interview à propos de ‘Bird Head Son’. Une très belle plaque néanmoins. (jd)

 

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28 septembre 2011

Rub a Dub & Co

 

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Dans le nouveau Rif Raf d'octobre, le reggae signe son retour en force avec notamment Lotek et le groupe brésilien Digital Dubs. D'autres très belles plaques seront également passées au crible, notamment celles de Piers Faccini et du duo espagnol Pedro Soler & Gaspar Claus... un disque vraiment exceptionnel! Voici quelques unes de ces chroniques en primeur!

 

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Pedro Soler & Gaspar Claus

‘Barlande’

In-Fine Music

Rif Raf n’a pas reçu le dernier dEUS à chroniquer parce qu’Il est boycotté par Universal. Et ce n’est pas la seule maison de disque à l’agonie qui prend la mouche. Bon tant pis on s’en passera, il y a d’autres choses toutes simples, toutes nues qui méritent bien plus de lignes que toutes leurs productions mal équarries. Ainsi ce duo guitare/violoncelle espagnol sorti sur In-Fine: père et fils se sont rejoints pour un disque, chacun avec leur instrument sans autre forme de procès. Qu’est-ce qu’un disque comme celui-là est riche ! On s’enfile d’une traite, le souffle coupé, du flamenco, du jazz, du classique contemporain… c’est ‘Barlande’ ! Ça cause à quatre main, ça surexpose les (dés)accords, ça se fracasse, ça badine. C’est incroyablement vivant, luxuriant même, tendre parfois, là où on aurait pu croire à une aridité (toute espagnole) de la rencontre des seuls deux instruments. C’est un opéra à deux sous où ils suffisent largement à tout se dire : les bases des compositions fermement cambrées par la guitare qui tangue au gré des caresses ou des aigreurs du violoncelle. Hors de tout format, loin des clichés parricides de la culture « rock’n’roll » de masse, il émane de ce disque une musique d’unisson, comme une métaphysique dure mais aérienne et par moment très émouvante. Tu quoque fili mi ? Non pas trop, non, juste un peu de musique… (jd)

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Piers Faccini

‘My Wilderness’

Tot Ou Tard

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Comme quoi, faut pas se fier à la première écoute et encore moins aux dossiers de presse. Annonçant Piers comme un poète génial blablabla, ce disque était à fuir d’urgence ou du moins à placer en bas de la pile. La plage d’ouverture m’avait déjà dissuadé : merdre, voilà encore un folkeux intello qui chante avec une voix perchée en haut. Et en plus il semble avoir du talent et sûrement un chapeau panama d’artiste à la con. Non ça va pas aller. Pourtant sa voix confidente est savoureuse comme un gâteau oriental à la saveur simple mais dévoyée par une épice, du gingembre ou je ne sais quoi. Et elle se goûte cette voix, elle vous sourit déjà. Surtout quand elle s’étale de toute son amertume avec un sourire en coin, comme sur le refrain de ‘The Beggar & The Thie

f’. Vraiment renversant. Également, ‘Strange Is The Man’ est tellement inespéré… on vogue sur une mélodie d’une simplicité biblique au gré des inflexions de la voix de Piers qui vous fait monter au ciel avec quelques notes de santour, authentique marche pied pour la béatitude. Vous savez comment Jeff Buckley pouvez nous faire planer avec sa voix d’ange (‘Lilac Wine’) et bien Piers c’est parfois pas loin de ça. Dans un autre style. Plus folk. Un disque lumineux, très inspiré, totalement dépouillé mais servi par des arrangements de première classe, plein de trouvailles légères comme une gaze qui lorgnent du côté de l’Orient ou de l’Afrique sans en avoir l’air. Et surtout une voix mélodieuse, malicieuse et éthérée qui nous emmène loin, si loin sans qu’on n’a même plus à demander où et pourquoi…(jd)


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Lotek

‘International Rudeboy’

First Word Records/Rough Trade

Certains peuvent connaître Lotek pour son travail hip hop avec Roots Manuva à l’époque, ses escapades chez Big Dada ou encore pour sa force créative derrière l’album de soul acoustique de Speech Delebelle. En tout état de cause, c’est toujours le reggae qui a constitué la base de son son dont sa première sortie solo constitue un véritable point d’orgue. Musicalement, ce ‘International Rudeboy’ explore l’évolution du hip hop par le prisme de la culture des soundsystems reggae. Et ça dépote ! Sa démarche n’a rien d’une recette mais plutôt une plaque rusée d’un vieux renard qui débusque des tubes à tous les coins rues de Kingston : mâchant les samples les plus fouillés avec des productions live, il ajoute quelques couches de cuivres qui viennent couler comme une sauce caramel au sommet de certains titres (ces trombones sur ‘Never Drink Again’ ou la trompette  bourdonnant sur ‘International Rudeboy’). Avec des influences allant des productions Studio One aux Specials ou au futur dub de Mungo’s Hifi (‘Don’t Want No’), chaque titre dégouline de talent et tape dans le mille, également grâce au flow graveleux de Lotek lui même (‘Dreader Than Dread’) ou de son pote Roots Manuva (‘Still Splendid’). Bref, tout ce qui fait les qualités d’un tout bon album reggae réuni avec des qualités de flow et de production hip hop de première classe. Un incontournable de la saison bien sûr et de l’année sans doute. (jd)

 

‘Digital Dubs’

‘#1’

Roir-USA

51cuSKj6WILCommencé en 2001, Digitaldubs est un soundsystem de Rio de Janeiro bien établi tournant non seulement en Amérique latine mais aussi en Europe et qui avait sorti notamment ‘Dub Echoes’ sur Soul Jazz Records. Leur ‘#1’ est encore une sortie en force question reggae en cette rentrée. Qu’ils soient de purs dubs ou bien chantés en anglais et en portugais, tous les titres (à part le premier peut-être !) sont de vraies petites pépites en leur genre. Proposant un puissant son dub de facture assez classique (l’impeccable ‘Fyah Bun Dem’), le reggae de Digitaldubs est rehaussé ici et là de petites touches typiquement brésilienne dans les instruments (percus, bandolim, bérimbo, kalimba…), le plus typique étant ‘Your Love Is Overdub’. Une floppée d’intervenants du cru viennent poser leurs parties vocales, toutes dans le plus pur style jamaïcain (DadaYute, Tiano Bless, Jeru Banto…). Rien de particulièrement innovant dans ce qui est proposé : toutes sortes de rythmes y passent, du lourd et lent proche du dancehall (‘Justice And Equality’), du one drop, du dub stepper plus enlevé (‘Upbeat Vibes’), tout cela se succède dans un pur bonheur avec une production bien évidemment proche de la perfection. Si manera, les gars……(jd)

 

Black Box Revelation

‘My Perception’

PIAS

Les BBR sortent leur troisième album, celui-ci étant le premier à sortir aux Staïïites et on leur souhaite bonne chance. Après avoir démontré toute leur énergie à produire des bombes de rock garage et leur maîtrise à triturer une pâte de blues rêche ou psyché, c’est au niveau mélodique que l’ont attendait les deux kets, afin de confirmer une montée en talent et en puissance. Les quatre premiers titres sont d’un rock juvénile, à l’emporte-pièce comme ils en font depuis le début. Du bon taf, oui (‘Madhouse’ très Eagles Of Death Metal, forcément, ‘My Perception’ moins convainquant malgré le son des riffs rongés jusqu’à l’os). C’est ‘Bitter’, frustement taillé dans les sixties, qui fait le saut mélodique. Ok. Suit un riff très Canned Heat, où l’on entend aussi la volonté de sortir du carcan mélodique du blues. ‘White Unicorn’ est également un breuvage de blues poisseux mais la mélodie devient vite poussive. ‘Shadowman’ ouvre sur un riff zepplinien et on sent les deux gars très à l’aise. Un titre puissant et mature. Beaucoup de choses à dire sur la suite qui ne crève pas les plafonds mais qui se défend bien. Si on sent effectivement que les deux gars ont pris de l’assurance dans la composition, on constate néanmoins que le bas blesse souvent au niveau chant/mélodie : cette façon d’appuyer sur des syllabes ou des voyelles sans cesse est énervante et peut vite ramener les chansons à de vieilles rengaines nasillardes, pire, à un tic de langage (‘2 Young Boys’). Gageons qu’avec le travail et l’âge, viendra plus de subtilité mélodique et rythmique (là aussi souvent trop lourde). (jd)

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Osvaldo Hernandez-Napoles

‘Tierra’

Home Records

Osvaldo Hernandez-Napoles est un musicien d’origine mexicaine et habite en Belgique depuis plus de vingt ans. Après avoir joué et enregistré avec divers groupes multiculturels et dans différents pays, il vient nous proposer son premier album, ‘Tierra’. Loin de s’en tenir uniquement à ses racines mexicaines, il s’est entouré de remarquables musiciens, lui permettant de s’aventurer dans des terres dont il n’aurait peut-être pas rêvé autrement. Ainsi Karim Baggili (également dans l’écurie liégeoise Home Records) s’avérait être le partenaire on ne peut plus idéal tant au niveau de la composition que des arrangements, comme en témoigne le titre éponyme. Un titre calme et poétique dont l’émotion est soulignée avec sobriété par le magnifique duduk de l’Arménien Vadran Hovanissian. C’est le troisième larron de l’affaire auquel il faut ajouter Patricia Van Cauwenberge et ses percussions aux sons les plus incroyables. ‘Tierra’ est notamment la preuve qu’avec une pléiade d’instruments traditionnels, on peut trouver une multitude de pistes musicales nouvelles et très personnelles.  Une petite musique folklorique bien belle, moderne et fusionnelle. (jd)


 


 

Posté par cloudsleeper à 19:32 - Commentaires [0]
18 mai 2011

Mama Rosin & Hipbone Slim + interview Poly Rythmo

 

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A paraître dans le prochain Rif Raf, quelques chroniques notamment Seun Kuti et surtout sur Mama Rosin & Hipbone Slim. Interview avec le leader du groupe mythique, le Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou!

 

Mama Rosin together with Hipbone Slim & The Kneetremblers

‘Louisiana Sun’

Voodoo Records

Oyez, oyez, accourez aux noces de Mama pour voir son nouveau fiancé ! Il est long, il est maigre, il a les os sur la peau et qu’est-ce qu’il est sexy ! Lui, Hipbone Slim, n’a rien d’un jeune puceau au vu ses forfaits précédents (‘The Sheik Said Shake’). Quant à Mama, elle avait déjà bien la banane, lorsqu’elle nous avait envoyé son rock cajun made in Zwitserland, ‘Brûle Lentement’. Vu sa libido bouillonnante, elle ne pouvait que s’accoupler avec un nouveau soupirant, appartenant à la même famille qu’elle, la très déplorable Voodoo Records dont la devise est « Records To Ruin Any Party ». Des gens bien qui ont compris que le rock’n’roll ne doit jamais être respectable, en somme. Ces noces consanguines donneront évidemment des rejetons dégénérés : ‘Voodoo Walking’ a dû être conçu dans les marais suintant de la Louisiane et ‘Gettin’ High’ est un boogie à son papa tout craché ! ‘London Zydeco’ fait déjà de son roi du haricot compulsif. Quant à ‘Citi Two-Step’, il frappe furieusement du pied et fait péter l’accordéon car il se dispute avec une jolie catin créole. On écoute béat, ces douze jeunes pousses se chamailler et hurler sur des rock’n’roll cajun, du swing aux piments rouges, du hillbilly endiablé… Pffff, c’est sûr, ils sont déjà damnés ces petits-là et si pas, je me damnerai pour eux ! Avec la bénédiction du révérend Clifton Chenier ! (jd)

 

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Seun Kuti & Egypt 80

‘From Africa With Fury : Rise’

Because/Planète Aurora

Dans la république de Kalakuta, les choses ne changent pas vraiment : les albums du clan familial continuent à exceller. Le dernier fils du Black Président avait signé un premier album qui était un véritable coup de maître. Voici son deuxième qui ne l’est pas moins. Plus tendu, plus nerveux, ‘From Africa With Fury’ se ressent pour son tempo très enlevé et dans une scansion souvent plus rapide et hachée, vindicative : sans y concéder quoique ce soit, Seun s’est encore rapproché un peu plus proche du rap et fait péter ses mots sur les coups de basse obsédants de Kayode, à moins que ce ne soit l’inverse… Ses paroles justement, toujours frondeuses, dénonciatrices de l’oppression de son peuple par les « rulers », des Africains pillés par les multinationales, de la faim au ventre… voilà un homme au service de la cause qu’il prêche et il n’est pas prêt de s’essouffler, au risque de friser la névrose, comme le paternel. Qu’importe, avec l’afrobeat, c’est une certaine idée de la dignité qui continue à se déployer sur tout un continent au bien au-delà. Le « underground spiritual game » continue, il vous prend par les pieds puis s’empare de tout votre corps et vous met rapidement dans une transe furieuse… Sept titres d’un charisme phénoménal, à prendre en pleine face si vous allez le voir en concert cet été. Feet don’t fail me now ! (jd)

 

 

Owiny Sigoma Band

‘Owiny Sigoma Band’

Brownswood 

51TIdK4KbaLLa première écoute ne m’avait permis qu’une approche très superficielle de ces longs tapis de musique africaine traditionnelle comportant quelques points de sonorités plutôt modernes. Pas très convaincu, je reprends le CD pour une deuxième écoute, aperçois le label « Brownswood » et concluais déjà que « ce n’est pas parce que Gilles Peterson etc. ». Et ce qui m’a tout de suite frappé, c’est le chant incisif du kenyan Joseph Nyamungu (du moins je suppose que c’est lui, vu le peu d’info dont je dispose). Pour qui ne parle pas le Luo, c’est un splendide charivari d’un aplomb et d’un sens mélodique hypnotique. Accouplée au son du byatiti (une lyre à 8 cordes) et des percussions locales atteintes parfois d’un délire métronomique proche de la house, cette musique pourrait sembler incongrue… et c’est pourtant tout le contraire qu’il se passe ! Le quatrième morceau est même assez renversant et consiste en un dub entraînant à écouter en pleine savane comme dans un club hype en début de soirée. Peu à peu, certains titres apparaissent dans leur magie dansante emmenée par ces parties vocales répétitives et des rythmes implacables confinant à la transe de brousse. Le son surprenant du byatiti n’est pas étranger à cela, de même que les quelques sons de claviers bizarroïdes ou afrobeat joués par les english de service, Jesse Hackets et/ou Damon Albran. Owiny Sigoma Band serait un peu des tradi mods du Kenya vs. des Dancers anglais qui proposent avec finesse et discrétion quelques-unes de leurs obsessions dansantes. (jd)

 

 

 

Cuban Heels

‘Gritbag Gutbucket Music Vol. 2’

Coolbuzz

Voilà un groupe hollandais qui a beaucoup, beaucoup écouté les premiers Black Keys ! C’est en se prenant leur pied qu’ils nous servent des riffs aussi lourds qu’élémentaires portés par une batterie très en avant. Sans oublier la palette de sons de guitares qui sentent bon les amplis à la lampe, les pédales vintage et la réverb’. La voix râpeuse et puissante de Jan Hidding est tout aussi saturée par un micro légèrement saboté, son ton de voix est assez confondant. Par contre Cuban Heels ne se prive pas des services précieux d’un bassiste qui apporte un son plus ample ainsi qu’une belle charpente à son édifice blues garage. De même, ils ont eu 1000 fois raison de recourir à l’harmonica de Richard Koster qui dégouline du premier au dernier morceau avec beaucoup de panache. On a beau avoir déjà entendu tout cela, Cuban Heels possède une touche blues marquante… sans doute un côté soul assez brut. Et comme le blues appartient à tout le monde, il n’y avait aucune raison qu’ils ne lui donnent pas le change, pour leur plaisir et le nôtre : 11 titres excellents dont une reprise du traditionnel ‘Rosie’ au tempo implacable et une autre, incendiaire, d’un standard de la soul d’Eddie Floyd, ‘Big Bird’. (jd)

 

 

 

Les sept vies du Poly-Rythmo

 

Après un vigoureux concert à l’Espace Senghor, il était urgent de rencontrer le Tout-Puissant Orchestre 61gUeR6ckHLPoly-Rythmo de Cotonou. Non seulement pour célébrer sa première véritable tournée européenne mais aussi pour lui rendre justice. Du haut de ses quarante ans d’existence, il a fait preuve d’une audace musicale peu commune explorant aussi bien ses traditions béninoises que les sons venus d’occident. Il en résulte une diversité fascinante aujourd’hui revisitée dans leur nouvel album. C’est avec Melome Clément, le fondateur et « le chef d’orchestre » de ce groupe mythique, que nous avons la chance de nous entretenir.

 

Que ressentez-vous quand vous voyez que le groupe que vous avez fondé il y a plus de 40 ans, renaît de ses cendres ?

Melome : « Nous en sommes vraiment très très heureux ! J’ai commencé le groupe à la fin des années 60 avec un groupe qui s’appelait le Poly Disco. Notre style a évolué en fonction des nouveaux musiciens que j’ai recruté afin d’y apporter de nouvelles couleurs musicales. Les noms ont également varié jusqu’à ce qu’on choisisse au milieu des années 70, celui qu’on connaît aujourd’hui ! »

 

Jusqu’il y a peu, votre groupe n’avait pas eu la possibilité de se produire en dehors de l’Afrique…

Melome : « Il semble que notre musique ne recueillait pas beaucoup l’intérêt de la part des pays Occidentaux, notamment parce que, jusqu’au début des années 90, notre pays était communiste. Puis en 2007, Elodie (Elodie Maillot l’actuelle manageuse du groupe) a assisté à un de nos concerts au Bénin. Elle a été très enthousiasmée par ce qu’elle a entendu, d’autant plus qu’elle ignorait que le groupe était encore actif ! Même si nous jouions nettement moins à cette époque, on avait toujours la volonté de monter sur scène, même en Europe si possible. C’est ainsi qu’après l’interview qu’elle a faite avec nous, on lui a demandé si elle pouvait réaliser notre rêve qui était de pouvoir jouer en Europe. Depuis lors elle s’est employée à cela et nous avons joué pour la première fois en Hollande en 2009. »

 

Actuellement vous tournez beaucoup, comment se passe l’accueil du public européen ?

Melome : « L’accueil est très bon. Cela nous fait extrêmement plaisir car on réalise un de nos rêves de cette façon et ça montre qu’on a eu raison de continuer envers et contre tout. Après avoir traversé l’Afrique dans tous les sens en jouant notamment en Côté d’Ivoire, au Ghana, au Nigéria et après avoir traversé beaucoup de déboires, l’Europe était un passage obligé et elle nous le rend bien ! »

 

En parlant du Nigeria, il semble que vous ayez joué avec Fela ?

Melome : « En fait c’était lors d’un festival qui avait lieu chez nous au Bénin. Il voulait avoir le meilleur groupe du pays pour ouvrir son concert, comme cela se fait habituellement. Et c’est nous qui avons été choisis. Même si nous n’avons pas jammé avec lui directement, c’était une expérience fantastique ! »

 

514dFb5P6XLPourtant dans une interview qu’on peut entendre sur le CD ‘Echos Hypnotiques’ du label Analog Africa, on entend qu’il a voulu vous dissuader de gagner un concours musical auquel il participait aussi en vous envoyant ses gardes du corps afin de vous intimider vertement…

Melome : « Oui c’est vrai… (silence). Mais les choses se sont arrangées par la suite et nous avons sympathisé. Pour nous, il reste quelqu’un qui a ouvert un chemin musical important : avant lui, on faisait d’autres choses « afro » mais pas encore de « l’afrobeat ». Quand on en a entendu, ça nous a influencés, surtout Vincent qui a très bien fait ressortir cette musique dans ses compositions. Les gens devenaient fous quand on les jouait ! C’est une musique qui reste… on a même joué avec son fils, Seun, lors d’un festival ! »

 

Le nouvel album ‘Cotonou Club’ comporte principalement des chansons de votre répertoire que vous avez réadapté et assez peu de nouvelles compositions.

Melome : «  Oui, on a discuté de cela avec Elodie et on a d’abord trouvé nécessaire de redonner un son plus actuel à notre répertoire et puis ensuite, proposer un peu de nouveauté. »

 

Justement, votre répertoire est immense. Ça ne devait pas être évident de choisir…
Melome :
« Là aussi Elodie nous a fait quelques suggestions intéressantes. Également en tant que chef d’orchestre du groupe, j’ai fait les miennes et c’est allé assez vite. »

 

À l’heure où le coupé-décalé règne en maître sur les musiques africaines, quel est l’impact de votre musique sur les jeunes du Bénin et d’ailleurs ?

Melome : « Tous les jeunes de notre pays ont grandi avec nos chansons, depuis toujours. Elles font partie de leur culture en quelque sorte. Puis certains d’entre eux les chantent aussi ou bien s’en servent pour leur rap. On a joué avec un rappeur lors d’un de nos concerts à domicile, au Bénin. »

 

Aux côtés d’Angélique Kidjo et de Fatoumata Diawara, les Franz Ferdinand sont aussi parmi les intervenants sur le disque. Je me demandais ce qui avait pu réunir un groupe africain de votre stature avec des musiciens anglais qui peuvent vous paraître quelque peu… brouillons et dilettantes ?

Melome : « C’est suite à une interview qu’Elodie avait faite pour sa radio que l’idée de jouer avec eux est venue. Ils étaient très fans de notre groupe depuis des années et surtout du funk qui émane de nos morceaux. Du coup, on s’est dit « pourquoi pas ». On a commencé à jouer ensemble ce qui a été plutôt inspirant et a débouché sur le titre ‘Lion Is Burning’. »

 

Parmi les musiciens qui jouent sur le disque, on note deux guitaristes. Or lors du concert à l’Espace Senghor, il n’y en avait qu’un…

Melome : « Exact. C’est d’ailleurs un tout autre guitariste qui les a remplacés ! Les deux autres ont été punis. L'un n’a pas voulu nous accompagner pour nos concerts au Brésil car il ne voulait pas prendre l'avion ; et l'autre ne venait pas toujours aux répétitions. Du coup on a dû faire sans eux. Cela a permis de révéler une très belle complémentarité entre le claviériste et l’autre guitariste. Ils prennent alternativement la rythmique ou les solos et ça fonctionne parfaitement ! »

 

Quand on parle du Poly-Rythmo, on dit qu’il peut tout jouer, afrobeat, funk et aussi du vaudou. Pour les Occidentaux, il y a évidemment un côté un mystérieux et attirant dans ce vaudou. En quoi consiste ce fameux ‘Vodoun Effect’ qui se trouve dans votre musique ?

Melome : « Le vaudou fait partie intégrante de notre culture, ce sont nos dieux sans qui rien ne peut se faire. Dans les cérémonies religieuses, on trouve toute une série de rythmes qui sont utilisés pour tel ou tel type d’événement. Nous, en tant que musiciens, on les a intégrés dans notre musique depuis nos débuts. Mais attention, on ne peut pas faire cela n’importe comment. Il faut demander la permission pour les utiliser dans un usage profane. Ainsi on a par exemple le sato qui est à la fois un tambour et un rythme. On l’entend très bien sur un titre comme ‘Gan Tche Kpo’ (cf. album ‘Echos Hypnotiques’). »

 

Dans le livret de votre nouvel album, il y a cette phrase de votre chanteur Vincent Ahehehinnou : « Le vaudou est l’avenir de l’humanité parce qu’il suffit de demander et tout arrive ».

Melome : « Dans le groupe, il y en a certains qui pratiquent le vaudou en effet. Moi personnellement, j’ai lâché le vaudou. J’ai vu que parfois il était vraiment utilisé à mauvais escient, je pense notamment à la mort de Papillon, notre ancien lead guitariste. Et je me suis tourné vers le christianisme. Mais dans notre groupe chacun est libre de pratiquer ce qu’il a choisi. Par contre c’est sans doute quelque chose qui fait que notre musique est unique en Afrique et partout ailleurs. »

 

Le vaudou est aussi très présent en Haïti évidemment. Est-ce que vous aimeriez découvrir cette musique et collaborer avec des musiciens qui en sont originaires ? Cela pourrait donner un mélange épatant !

Melome : « Oui c’est sûr. En tout cas, si on nous le propose, on le fait tout de suite ! »

 

519H_g2e3gLSur la pochette de l’album ‘Vodoun Effect’ il y a cette fameuse photo où l’on vous voit dans une position très martiale…

Melome : « Oui c’est exactement ça ! C’était à un moment où l’on tournait énormément en Afrique de l’Ouest et où on empruntait parfois des routes peu sûres. On pouvait facilement se faire détrousser et surtout déposséder de notre matériel qu’il n’était déjà pas évident de se procurer. Du coup la gendarmerie nous a entraîné à toutes sortes de techniques d’art martiaux pour pouvoir nous protéger ! Samy (du label Analog Africa) l’a trouvé parfaite pour la pochette de sa compilation. »

 

Ce qui également est passionnant avec votre groupe, c’est qu’il est un témoin privilégié de l’histoire de votre pays, de la révolution marxiste à l’avènement du libéralisme débridé…

Melome : « La révolution a été un tournant dans l’histoire du groupe. Mais il est clair qu’on n’a pas eu le choix et qu’on a été forcés de chanter pour le régime. On est dès lors devenu l’Orchestre national. On nous avait même demandé de composer l’hymne national du pays puis finalement la chanson n’a pas été retenue. Il faut se souvenir que c’était une dictature pure et simple. Pour un groupe connu comme nous, s’y opposer voulait dire la mort. D’un autre côté, ce régime semblait le seul apte à pouvoir durer et apporter une certaine stabilité après les coups d'état à répétition. »

 

Quel regard portez-vous sur les titres composés à la gloire du régime ?

Melome : « Bon, les paroles ne sont sûrement plus très pertinentes… Mais il faut les garder car les mélodies doivent rester ! Nous allons donc simplement changer les paroles ! »

 

Quels sont les projets musicaux du groupe ?
Melome :
« Un nouvel album à venir car aujourd'hui, pour pouvoir faire des concerts, il faut avoir du neuf à proposer ! »

 

Trois disques : ‘Cotonou Club’ Strut, ‘Echos Hypnotiques’ Analog Africa, ‘The Kings of Benin Urban Groove 1972-80’ Soundway

Sur scène à Dour le 14-07-2011

 

 


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14 mai 2011

14 mai

 

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Le 14 mai 2008, encore et toujours une date à célébrer...

 

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25 avril 2011

Le Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo

 

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Pour ce nouveau post, voici quelques chroniques qui paraîtront dans le prochain Rif Raf: la récolte de ce mois a été exceptionnelle pour vous qui voulez scotcher vos oreilles sur des sons et des musiciens venus d'Afrique! En fin de post, interview avec le groupe new-yorkais de Gang Gang Dance qui nous parle de son nouvel album.

 

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Le Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo

‘Cotonou Club’

Strut

Brooklyn a beau être la plus hype, c’est bel et bien de Cotonou que vient mon gros coup de cœur ce mois-ci. Et comme un bon coup ça n’arrive pas souvent alors on se lâche : il ne faut pas laisser passer beaucoup de secondes avant d’être envoûté par le groove contagieux du Tout-Puissant : depuis ses débuts dans les ‘60s, le groupe béninois mêle les influences afrobeat, funk et soukous avec des rythmes traditionnels vaudous. Inutile de dire que le Poly-Rythmo s’y connaît mieux que personne en déhanchements, transe sur tambours tribaux et convulsions hybrides. Rien que cette descente de cuivres, cette guitare et le groove imparable de ‘Ne Te Fâches Pas’ suffit à décongeler un régiment de mammouths rétif à toute danse et les faire bouger avec sourire et agilité. Une fois qu’ils sont pris, vos pieds ne vous lâchent pas de tout le CD où l’on entend quelques nouvelles compositions aux côtés de nouvelles versions de titres plus anciens. Ainsi ‘Von Vo Nono’ est un retour légitime à l’afrobeat du singulièrement pop ‘Dadje Von O Von Non’ qui ouvrait la compil’ ‘Legends Of Benin’, sortie sur le label Analogue Africa. Avec Soundway, celui-ci qui avait contribué à la résurrection discographique du Poly-Rythmo et c’est Strut qui lance la résurrection scénique avec ce ‘Cotonou Club’ en avant goût. Très bientôt chez nous, ne les manquez pas : quand on entend comment claque ‘Gbeti Madjro’ comme un James Brown sous soukous, c’est sûr, le Poly-Rythmo reste plus que jamais «  en avance ! » (jd)

 

 

 

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aur_51_AHC291TLAurelio

‘Laru Beya’

Realworld

Les Caraïbes cristallisent bien des phantasmes… îles de rêves, pirates robinsons, trésors magiques... Pour ma part, il s’agit d’espèces sonnantes et trébuchantes musicalement. Après ce qui a été déterré par divers labels en Haïti, en Guadeloupe, sur la côte Colombienne et au Bélize, voilà que Realworld nous glisse sous les oreilles un jeune musicien du Honduras, Aurelio. Issu de la communauté des Garifunas (fondée par les rescapés du naufrage d’un bateau négrier au 17ème siècle), il nous fait vivre en toute simplicité le métissage des musiques jouées sur les plages de chez lui : quelque accords de guitares, des maracas et autres percussions locales à base de carapaces de tortues et os de requins, un chœur de femmes au timbre négroïde et beaucoup, beaucoup de rythmes… Dans le syncrétisme antique d’Aurélio, on trouve tout ce que l’Afrique et les influences latines ou locales peuvent offrir de mieux : une décontraction à toute épreuve, des mélodies savoureuses et espiègles et des mouvements d’une nonchalance… ‘Laru Beya’ est sans doute la chanson qui vous ouvrira le chemin de ce disque très réussi. Derrière tout cela, on trouve Ivan Duran qui connaît bien la région puisque c’est à lui qu’on devait le fantastique ‘Umalali : The Garifuna Women’s Project’ sorti en 2008. Pour Aurelio, Ivan a pu rameuter le label Realworld avec Youssou n’Dour comme parrain et chanteur qui se fond à la perfection avec les Garifunas. Lui-même a amené quelques musiciens et instruments de son pays, ce qui parfume mieux encore le paysage musical. Candidats survivants, qui ? Départ ! (jd)

 

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Rango

‘Bride Of The Zar’

30 IPS

Rango est un collectif basé au Caire qui joue du… rango. Ce xylophone traditionnel du Soudan était utilisé pour toutes sortes de cérémonies sacrées et clandestines. Conformément à la légende qui vaut pour beaucoup de groupes de « musique du monde », cet instrument était en passe d’être oublié par les générations actuelles jusqu’à ce que l’énigmatique Hassan El Nagger le ressorte de l’oubli et partage publiquement l’art du Zar, rituel de transe jadis assez mal vu. Pour ce faire, les vibrations profondes du rango sont accompagnées de percussionnistes qui ne jouent ni tout à fait du djembé, ni vraiment du tambour ainsi que de quelques chanteurs qui reprennent et amplifient vigoureusement les incantations de Hassan. Lequel entend ouvrir sa musique à d’autres sonorité en invitant un joueur de nay et en jouant lui-même du simsimiyya électrique sur quelques titres. Que dire à ce propos si ce n’est que cet instrument artisanal à cordes dégage un son très acidulé et saturé… Tout cela vous dit quelque chose ? Oui, Rango est indubitablement le lointain cousin de Konono. Ni vraiment arabe ni tout à fait africaine, cette fascinante musique est le fruit d’une fusion des traditions entamée au 19ème siècle lorsque les Soudanais migraient en Egypte pour trouver du travail. Dans ce disque exceptionnel, l’art du Zar est présenté ici de façon modernisée et abordable sans diminuer son puissant impact hypnotique et son authenticité. (jd)

 

Dennis Coffey

‘Dennis Coffey’

Strut

Je me disais bien que ce nom m’était familier… oui cette balle ‘Gimme That Funk’, un hit obscure, début des années disco à caser parmi Gary Toms, Brass Construction… donc ça claquait sévère. Dennis fut le guitariste de référence de Del Shannon, Funkadelic et des Temptations et membre du backing band de la Motown, les Funk Brothers… rien que ça ! La nouvelle plaque d’un personnage pareil a de quoi être alléchante d’autant qu’il s’est offert un beau lifting en s’entourant de quelques hot shots de la soul actuelle. Le nouveau héros de Stone Throw, Mayer Hawthrone se paye avec lui le ‘All Your Goodies AreGone’ des Parliaments. Avec Fanny Franklin des Orgone, Dennis font une nouvelle version du ‘Don’t knock My Love’ de Wilson Picket. La chanteuse des Bellrays nous ressert une petite perle soul avec ‘Somebody’s Been Sleeping’ et les Detroit Cobras mise sur l’excellent ‘I Bet You’ de Funkadelic. Du lourd donc et un disque dense, enfumé de solos wah-wah et de soul psyché. Mais c’est sans doute sur scène qu’il sera le plus intéressant de voir Dennis, tout comme ce fut le cas avec Larry Graham qui ouvrit l’an dernier le concert de Prince d’une façon absolument magistrale. (jd)

 

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Dub Colossus

‘Addis Through The Looking Glass’

Realworld/Rough Trade

dc61ACk7L6wYLA Town Called Addis’ avait déjà ouvert une voie très pertinente dans la fusion de la musique éthiopienne avec ses rejetons jamaïcains. Sur fond de dub, d’éthiojazz et autres sucreries pop locales, le producteur Dubulah avait non seulement réussi son pari mais également fait main basse sur une pépinière de talents locaux. Doté d’un groupe solide et baignant dans ce dub avec autant d’aisance que dans ses explorations orientales de jadis, le fondateur de Transglobal Underground n’allait certainement en rester là. À l’instar de ce pays qui n’a jamais été vraiment colonisé, ce sont les membres du groupe qui ont proposé à Dubullah «  ce coup-ci, c’est nous qui te disons ce qu’on veut faire », le dévissant gentiment du rôle de producteur omnipotent. C’est donc un disque plus ancré dans l’immense patrimoine éthiopien qu’une fusion dub etc (si créative soit-elle) tel que l’était le premier. Une pièce éthiojazz aux pattes de velours ouvre les portes vers ces nouvelles destinations. La flûte enchanteresse de ‘Wey Fikir’ nous emmène aux confins d’une chanson pop éthérée bondissant doucement sur un fond de basse. ‘Yeh Shimbraw Tir Tir’ est la chanson acoustique que Page et Plant auraient écrit s’ils étaient passé par les campagnes du pays.‘Guragina’ est une sorte de funk qui sonne étrange (comme tout dans ce pays), basé sur un rythme comme passé à l’envers ou à contretemps, ce qui ne l’empêche pas d’être excellent. Avec ‘Wehgene’ on retrouve la patte de basse de Dubullah sur un dub où l’on jurerait que Natacha Atlas a laissé le micro à la non moins talentueuse Mimi Zenebe, surnommée la Piaf d’Addis. Si on ajoute la reprise en langue et en style local de ‘Uptown top Ranking’, on a un bel aperçu de la originalité de ce disque mosaïque. (jd)

 

 

Miel synthétique pour casque percutant

De l’étrange oiseau carnavalesque qu’il était, le Gang Gang Dance a encore muté. Une nouvelle peau en perle de pluie insecticide, un nouvel univers sonore en perpétuelle évolution qui vous projette de l’ambient psyché à du township funk raboté à l’electro délirante de sorciers arty… Confondu par quelques titres pop sur la bord de cornée, le trip est percussif, intense et dansant, très dansant. On a demandé à Brian (clavier) et Lizzie (chant) de nous raconter dans quelles sphères est né leur nouveau‘Eye Contact’.

 

gg51Sa_e378vLGlass Jar’ qui ouvre l’album est un long morceau ambient qui prend son temps pour prendre l’auditeur dans le trip, un peu comme dans un début de concert. C’est un titre élaboré sur scène concert après concert ?

GGD : « On pourrait dire ça, oui. Il a été le fruit d’une pratique répétée mainte et mainte fois, que ce soit sur scène avant qu’on entame l’album ou bien lors des répétitions. Au bout du compte c’est un titre improvisé et chaque fois qu’on le faisait, on le jouait de façon différente. On savait d’où partir et là où l’on voulait arriver ce qui nous laissait beaucoup de liberté pour élaborer de nouvelles choses entre, et le ressenti sur scène nous a bien aidé pour cela. C’est comme si on avait des briques, qu’on assemble peu à peu pour faire une maison et quand tout est assemblé, tout le monde se rapplique et c’est « time to party ! »

 

C’est là votre processus créatif ou bien fonctionnez-vous différemment pour les autres morceaux ?

GGD : « On a principalement une seule façon de travailler, c’est l’improvisation. On ne pourrait pas fonctionner autrement. On joue durant cinq ou six heure d’affilée, après on réécoute et on pose ainsi nos repères sur ce qu’on veut creuser comme idée. Mais parfois on n’arrive pas à recréer ce qu’on veut, quel son est venu comment, de qui, alors on superpose plusieurs idées, plusieurs rythmes, ce qui donne des morceaux assez abstraits et complexes. On ne fonctionne pas sur le mode où quelqu’un apporterait une idée mélodique ou rythmique censée imprimer une direction. Peut-être à un certain stade d’avancement du morceau, quelqu’un va faire une suggestion et encore c’est rare car on ne se parle pas beaucoup, on sent bien si on est dans la bonne direction ou pas. »

 

Vous avez un nouveau batteur. Comment ça s’est passé avec lui car ça ne doit pas être évident d’intégrer un groupe dont l’identité est fortement liée à cet aspect percussion ?

GGD : « On le connaissait depuis un bon moment et il nous a rejoint avant qu’on commence à écrire l’album. On a donc pu évoluer ensemble. Mais ce n’était pas tellement différent de passer de l’un à l’autre. Leur style est différent mais ils sont chacun porteur d’une énergie apportant une façon de voir les choses bien précise. Pour nous c’est ça qui est important. »

 

Il y a un titre où vous jouez un rythme afro assez typique, très ‘Township Funk’, c’est Mindkilla’. On a l’impression c’est vraiment le rythme qui porte le morceau ?

GGD : « En fait ‘Mindkilla’ repose un peu sur la même rythmique que ‘First Communion’ de l’album précédent. Il y a un côté punk, très cru dans cette musique africaine. Quand on a un rythme comme ça très puissant, on adore et ça permet d’explorer des trucs intéressants, je repense à ‘Bebey’ de l’album précédent aussi. Le rythme a un côté orchestral, un côté 3D où les sons, les mélodies et les percussions nous entourent, se développent et se démarquent tour à tour, entrent en collision, retournent au néant… juste dans l’espace de nos oreilles. C’est du miel pour écouter au casque et c’est ce qu’on a pu particulièrement bien soigner sur cet album ! »

 

On entend également que vous avez soigné les mélodies sur certains titres comme ‘Chinese High’ ou encore ‘Romance & Layers’ qui est une chanson pop en fait…

Lizzie : « C’est rigolo d’entendre ça… si tu savais comment on l’a faite celle-là ! C’est la moins construite et écrite de toute ! Ce truc de soft funk est quand même fort différent de ce qu’on fait habituellement… et en effet plus mélodique ! C’est aussi parce qu’on a donné plus d’attention à mes parties vocales (rires) ! C’est aussi tout le travail en studio qui m’a permis d’approfondir ce que je faisais sur scène et d’être mieux guidée. Ceci dit on essaie surtout de faire une dance music honnête et brute. J’aime danser et j’aime non seulement quand les gens comprennent notre intention dansante mais surtout quand ils se laissent aller et dansent sur notre musique pendant tout le concert !   »

Le titre de l'album, 'Eye Contact', laisse croire que l’aspect visuel (de la vidéo de ‘Glass Jar’ à la pochette du disque) est plus important que jamais dans votre identité…

Brian: « Oui c’est peut-être pour ça qu’on a choisi ce titre, c’est une autre forme de communication qui ne passe pas par le verbal. C’est aussi une partie de notre background : au début on a beaucoup joué lors d’expositions, pour des artistes vidéastes etc. Cela nous a donné pas mal d’idées non seulement sur les possibilités créatives à partir de tels contextes mais aussi sur ce qu’on voulait obtenir en terme de représentation visuelle de notre propre travail. La pochette de ‘Rawwar’ était faite de divers imprimés provenant d’amis graphistes et ‘Retina Riddim’ comportait un DVD où l’on creusait déjà certaines idées visuelles qui ont débouché sur ‘Glass Jar’. Mais il n’y a pas d’idée préconçue quant à adopter telle ou telle esthétique pour le groupe. Je commence habituellement à faire le « artwork » quand on est occupé à enregistrer, j’y mets ce que j’entends dans la musique et il va logiquement suivre la forme que prend cette musique. »

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28 mars 2011

Hoquets: Belgotronics

 

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Dans le prochain Rif Raf, interview avec Hoquets, un trio bruxellois on ne peut plus insolite. D’abord parce que les musiciens fabriquent leurs instruments à base de produits de récup’ dans un esprit très Congotronics. Mais aussi parce que cette audace à rebrousse-poil les amène à s’emparer de thèmes 100% belges… Ce qui s’avère très désopilant lorsqu’ils sont scandés, rapés et chantés en polyphonie par un farceur d’Américain ! Les trois Hoquets tordent le coup aux clichés et se lâchent sur tout ce qu’ils peuvent trouver de savoureux chez nous, des couques de Dinant, aux villes industrielles en passant par nos bricolages constitutionnels et signent sur Crammed leur premier album aussi hors norme que drôle.

 

Votre album s’appelle ‘Belgotronics’ ; parlez-nous un peu de cette technologie dernier cri que vous utilisez pour vos instruments de musique...

Mc Cloud et Maxime : « On a voulu construire nos propres instruments et c’est carrément du low tech ! On a d’abord le iaen-iaen qui est une sorte de petite guitare à une corde construite à partir de boîtes de conserves ou à cigares selon vos préférences. Ensuite on a nos hoquets qui sont nos boîtes à rythmes 100% analogiques : un hoquet basse qui est une sorte de grand caisson en bois qui sert de kick avec une vieille boîte métallique qui sert de caisse claire, un hoquet soprano, puis un ténor, celui de François sur lequel il a posé un iaen-iaen. Chaque instrument crée un son bien particulier… et un gros décalage car les gens sont étonnés de voir quelques bouts de bois, des boîtes de conserves et un bête micro capable de donner un son si impressionnant ! Pourtant c’est un dispositif hyper simple : c’est ça le ‘Belgotronics’ ! »

Question de l’œuf ou de la poule : comment sont nés ces instruments ? Est-ce qu’ils existaient déjà chez l’un ou l’autre d’entre vous avant le groupe ou ont-ils été façonnés au fur et à mesure de votre travail commun ?

Mc Cloud et Maxime : « C’est toujours l’expérimentation commune qui a dicté l’évolution de nos instruments. Au départ on avait de petites tables et des boîtes où on posait deux, trois trucs et graduellement à force de tâtonnements et de bricolages on a perfectionné ça jusqu’au moment où on a décidé de fabriquer ce qu’on utilise maintenant. »

Que recherchez-vous en produisant vous-même vos instruments : est-ce un son particulier ou bien l’attitude « do it yourself » bio-équitable ou encore une esthétique sur scène…

Mc Cloud et Maxime : « C’est certainement le travail du son et l’expérience de la matière. Par exemple le hoquet basse, c’est un son grave puissant qu’on a cherché à obtenir à partir de ce qu’on pouvait trouver comme matériel. Et puis il y a le son de notre « casserole-claire » qu’on aime vraiment bien pour le son plus aigu et le hoquet à corde de François qui a un son plus medium. Donc ça crée une chouette complémentarité des sons entre nos différents instruments. Même s’il y a un côté bric-à-brac au départ, c’est un travail de recherche sonore. »

Mais dîtes-moi, franchement, vous n’auriez pas pu aller acheter une guitare avec plein de pédales d’effet, une batterie et une basse et faire de la musique pour la radio comme tout le monde?

Mc Cloud et Maxime : « (Rires) Aucun intérêt pour nous. On vient tous du même background rock dont a ressenti les limites de la formule depuis quelques années, les pauses et le cirque qui vont avec. Avant qu’on ne se connaisse, on avait chacun eu envie de travailler sur d’autres matières premières que les éternelles guitare/basse/batterie. On a donc fait diverses expérimentations et ensuite on s’est rencontré autour de musiques très différentes telles que celles de Congotronics (d’où le nom de ‘Belgotronics’ en hommage à ces groupes) qui ouvre de nouveaux horizons. Mais on n’a jamais essayé de prédéfinir ce qu’on allait faire : il se fait que avec nos instruments home made, on a poursuivit dans un axe expérimental qu’on a marié petit à petit avec une approche assez avenante, presque pop et avec également une énergie très brute, dans la continuation rock’n’roll dans un certain sens. »

 

Band_04_cyan_loresEst-ce que le fait de refuser la haute technologie vous permet d’être plus spontané dans l’utilisation de vos instruments et dans votre créativité ?

Mc Cloud et Maxime : « Bon, au départ, ça nous rend plus attentifs aux objets qui nous entourent et à leur sonorité potentielle. Ensuite notre démarche est un peu l’antithèse de la technologie car on part du principe qu’on a un maximum de contraintes et non pas un maximum de facilités comme la technologie est censé le faire. La contrainte initiale du groupe, c’était que tous les instruments devaient pouvoir rentrer dans le coffre d’une Fiat Panda ! Dans l’histoire de l’art, ça a souvent été comme cela : c’est la contrainte qui provoque la créativité. Par ailleurs c’est aussi la leçon qu’on peut tirer des groupes congolais : ils font face à plein de contraintes dont la pauvreté n’est pas des moindres, et ils développent une créativité qui se retrouve de moins en moins dans nos pays Occidentaux, vu qu’il suffit d’aller au magasin pour acheter cinquante pédales d’effet et augmenter les possibilités de façon exponentielle. Mais le risque est de se perdre à cause de cela. Quand tout est possible, finalement tu réduis et aplatis les possibilités. Lorsque tout n’est pas possible, par exemple quand je joue, j’ai quatre sons différents pour mes percussions. À moi d’être créatif à partir de ça et de proposer autre chose que ce qu’on entend habituellement ! »

Qu’est-ce qui vous inspire dans notre petit pays si mal-en-point et qui vous pousse à écrire tant de chansons dessus ?

Mc Cloud : « Quand je suis arrivé en Belgique, j’ai eu l’occasion de faire plein de petits voyages dans le pays et j’ai été intrigué par plein de trucs, à commencer par les fameuses ‘Couque De Dinant’ bien sûr ! Chez vous il y a plein de trucs concrets qui donnent envie d’être racontés ! »

Maxime : « C’est clair que Mc Cloud a le regard extérieur qu’il faut pour pouvoir donner un regard décalé sur notre pays. C’est donc lui qui rédige les textes avec sa vision de l’Américain qui débarque en Belgique et découvre toutes sortes de trucs qui ne sont pas moins décalés en soi ! »

C’est quand même fort car il y a ce regard extérieur et aussi ce côté autodérision typique de l’humour de chez nous, je pense aux Snuls, à Lagaffe dans lequel, Mc Cloud, tu n’as jamais baigné justement…

Mc Cloud : « Je ne sais pas mais j’ai l’impression que quand on regarde la Belgique, même les Belges ne sont pas très intéressés par ce qu’on peut y trouver. C’est bizarre mais c’est comme si les Belges étaient un peu perdus et oublient de regarder ce qu’ils ont. Et c’est aussi cela qui m’inspire. »

Maxime : « C’est clair que Mc Cloud et François ne connaissent pas les Snuls, ni Telex qui ont aussi ce sens de l’autodérision. Moi en tant que Belge, je vois ce lien mais c’est une filiation assez fortuite finalement. »

Il y a un adage qui circule beaucoup pour le moment et qui reflète bien le côté absurde de notre pays : « si vous avez compris la Belgique, c’est qu’on vous l’a mal expliqué »...

Mc Cloud : « (Rires) Oui mais ce n’est pas tant l’aspect absurde que je recherche, c’est justement le lien avec des choses réelles. Quand je parle de cette couque de Dinant, elle est là, ça existe et elle est bien comme cela. Ça se limite à ça, sans aucun fantasme surréaliste derrière. Pareil pour le Maitrank ou Brussels et à la base c’est n’est pas spécialement marrant ou surprenant… mais c’est là et on en parle à notre façon. »

Dans le genre pas marrant, vous basez même un de vos titres sur la constitution belge dans ‘3 Régions 3 Communautés’. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce rap constitutionnel ? Est-ce en désespoir de cause que le gouvernement vous a demandé d’écrire une chanson ludique et didactique pour expliquer le pays et rapprocher les gens ?

Mc Cloud : « Oui, en fait c’est le roi Albert II qui m’a contacté « cher Monsieur Zicmuse… » Non mais quand je suis arrivé en Belgique, Maxime était venu chez moi avec un feuillet de la structure du pays etc. Puis quand on commencé à jammer pour la première fois, c’est cela qui est revenu ! C’est le premier morceau qu’on a créé et qui s’est fait totalement par hasard ! »

Vos morceaux sont assez courts et dépassent à peine les deux minutes. Vous avez choisi de composer comme ça ?

Maxime : « Ils se font comme ça. Si on a plus rien à dire, on ne va pas les rallonger inutilement. Sans qu’on l’ait recherché, ça se rapproche d’une certaine esthétique punk, morceaux courts, énergiques et on va à l’essentiel sans fioritures. Et voilà avec tout ça on se retrouve avec un album de 32 minutes bien pesé. »

HOQUETS_loresEn tout cas votre album est très complet car il se danse, notamment sur ‘Chaud Boulet’ où les gestes et les pas de dansent sont expliqués. Les Hollandais ont-ils effectué la chorégraphie lors de votre concert d’hier soir à Amsterdam ?

Mc Cloud et Maxime : « Oui ils ont bien bougé ! On nous a même dit que c’était tout à fait inhabituel de réussir à les faire bouger ! Pareil à Paris au Café de la Danse où ils ont bougé… Voilà parfois ça prend, parfois pas mais en général il y a une chouette interaction avec le public. Puis il y a le mode d’emploi du ‘Chaud Boulet’ avec le feuillet du CD, ce qui permettra de répandre partout la bonne parole et les bons pas de danse de  ‘Chaud Boulet’ ! »

Vous qui chantez la Belgique d’Orval à Bruges et dans plusieurs langues, est-ce que le nationalisme, c’est « Niet in onze naam » du nom de ce mouvement d’artistes et intellectuels flamands qui refusent cette montée du nationalisme ?

Maxime : « En tout cas, un groupe comme nous avec un Français d’origine polonaise, un Américain et un Belge d’origine asiatique, on se sent plus être le reflet d’une société qui est le fruit d’un brassage des identités. Le concept d’identité n’est pas immuable ou rétractable. Et il est en train de changer radicalement et s’élargit, s’enrichit. Il me semble que c’est vers cela qu’on va. »

 

Un disque : ‘Belgotronics’ (Crammed).

 

Dans le même esprit, The Karindula Sessions:

 

 

Various

‘The Karindula Sessions’

Crammed

Si vous aussi vous savez faire tourner une roue de vélo sur le front avec le pied levé ou que vous arrivez à porter une jarre par la mâchoire en tenant une autre personne debout sur vos épaules, rejoignez le Bana Simba, le BBK ou une autre des formations de ce disque ! Poursuivant son travail de défricheur infatigable de groupes appelés au Congo « tradi-modernes », Crammed a capté dans les faubourgs de Lubumbashi une poignée de groupes qui joue de la musique karindula. Dénommée d’après un banjo d’une telle taille qu’il donnerait des complexes à n’importe quel guitare-hero à l’égo surdimensionné, cette musique est basée autour de cet instrument artisanal : bidon d’huile, peau de chèvre, quatre cordes et sac plastique entre celles-ci pour obtenir un son fuzz plus vrai que nature. Et ça dégage : non seulement dans le son mais aussi dans la virtuosité des joueurs de cet étrange instrument, cousin du célèbre et injustement décrié gaffophone. Accompagnés par des percussions tout aussi rudimentaires et quelques solides danseurs et chanteurs, ces groupes de karindula se produisent principalement lors des cérémonies de deuil. Il s’agit néanmoins d’une musique très remuante aux textes assez provocateurs qui se regarde mieux encore qu’elle ne s’écoute ! Ça tombe bien Crammed propose à la fois le CD et le DVD du mini festival organisé pour enregistrer ces performances : vous ne serez pas déçu ! (jd)

 

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The Subs

‘Decontrol’

News/Lektroluv

Après un ‘Subculture’ très obsessionnel, des prestations scéniques effroyablement ravageuses et un single merveilleusement déjanté avec Party Harders, il nous tardait d’entendre la nouvelle plaque des Gantois. À première vue un peu plus civilisé qu’auparavant, the Subs retrouve son gros grain de folie dans la complexité agitée des nouveaux titres. Passé les deux premiers titres, la volonté n’est plus de viser l’efficacité maximale mais de partir du chaos et de tenter de l’organiser de façon un tant soi peu dansante (c’est un euphémisme) avec des sons triturés à l’acid (et moins à la transe) et des samples brutalisés à coup de barre à mine comme seuls eux savent le faire. Et puis y a qu’à laisser la parole à Papillon et vous saurez tout : « ‘Decontrol’ is much less a ‘fuck you’ album than ‘Subculture’, and more an ‘I’d like to fuck you’ album ». You know what I meeeaaaan? (jd)

 

 

***

5171eaYeQwLBalaxy Orchestra

‘Wilkey May Trip’ et ‘Balaxy’

Mundial Bookings/Munich Records

Si la musique balkanique façon Emir Kusturica et ses joyeux drilles vous insupportent après deux chansons, essayez le Balaxy Orchestra. Fondé sur les cendres fumantes de Millenniums qui s’était déjà taillé une belle réputation scénique au Bénélux, les dix anversois de Balaxy ont trouvé un équilibre parfait entre l’indomptable énergie de la fanfare balkanique et l’utilisation de ces instruments sur des compositions plus fines. Ainsi des cuivres à la puissance domestiquées viennent-ils ouvrir cet excellent disque sur un air de jazz oriental tout en retenue et non dépourvu d’agilité. Sur ‘Boa Boa’ s’enchevêtrent d’étourdissants arrangements posés sur une rythmique saccadée, le tout dressé au poil par la voix tantôt autoritaire, tantôt mélodieuse de la chanteuse italienne Assunta Mandaglio. ‘A Verdade’ parle le langage balkanique universel tandis que ‘Wilkey May Trip’ et ‘Balaxy’ nous emmènent de façon assez inattendue à planer sur un reggae intergalactique pour vous faire danser d’un pied d’autant plus léger sur les titres suivants, que ce soit sur la valse ‘My Big Blue Thing’ ou sur un rock entraîné au surf par des guitares et d’infatigables souffleurs (‘Dudabudabop’). Quelle surprise d’entendre ensuite une sorte de flamenco où la voix d’Assunta fait à nouveaux des merveilles mélodiques. Bref un véritable festival offert par ce Balaxy Orchestra qui s’autorisent toutes les audaces stylistiques loin des poncifs pétaradants de leurs frères d’armes. Pour sûr, on va souvent les croiser sur scène cet été ! (jd)

 


 

Bombino

‘Agadez’

Cumbancha

Pour un jeune qui a vécu des heures bien sombres durant la rébellion touareg et qui se vit contraint à l’exile, c’est un desert blues bien calme et presque pacifié qu’on entend sur ‘Agadez’. C’est même un disque à écouter à la tombée de la nuit quelque part, dans un lieu dépourvu d’agitation et d’artifice où tout serait silence sous les auspices orangés du soleil couchant. Ne se lèveraient que ces notes de guitares discrètes et fines au rythmes des clappements de mains ancestraux à peine appuyés par des percussions et des chants, loin de toute clameur. Une des guitares élèverait une note grave et répétitive pour créer un bourdonnement rythmique et amorcer ainsi une douce transe. Le chant déférent de Bombino s’élèverait pour célébrer en d’étranges mots ces lieux si vastes et si familiers qu’ils signifient à la fois la maison et le vide. À peine les guitares se montreraient un peu teigneuses pour parler d’une ‘Other Life’ ou pour exhorter à l’union fraternelle du peuple du désert. Une heure après, les voix s’éteindraient dans un murmure. Place à la nuit et au silence. (jd)

 

 

 


 

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06 mars 2011

Stateless

 

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Asian Dub Foundation

‘A History Of Now’

Cooking Vinyl/V2

Un peu comme un président US fait son discours sur l’état de l’Union tous les ans, ADF nous pond un album à peine moins régulièrement. Pour ce qui doit être pas loin de leur dixième plaque, le groupe commente l’état de l’humanité de notre planète… tout un programme. Toujours aussi revendicatif et détonnant, ADF s’épanche sur de nombreux thèmes comme la crise financière (‘Where Is The Money Gone’ sur un riff rock à l’arrache), le changement climatique, l’uniformisation des masses, les nations « under CCTV », l’amalgame religieux (‘Temple Siren’). Bref des fois que vous n’ayez pas suivi l’actualité ces deux dernières années, ADF vous refait un petit topo. À l’écoute de ces belles intentions contestataires et, pourvu que vous y ajoutiez une solide dose de Rage Against The Machine, des lampées de Clash et quelques discours du Mouvement des droits civiques US, vous serez tellement boostés que vous irez direct fomenter les prochaines révolutions au Proche-Orient, atomiser les extrémistes religieux de tout bord et moraliser le capitalisme à N-Y. Ne dites pas que vous n’avez pas été prévenus. ADF m’a même assuré que ce disque serait efficace contre les extrémismes nationalistes nordistes, mais là, j’ai des doutes. Contre ça, il suffira à tous de se rappeler ceci quand il y aura des élections : « you can fool some people some time but you can’t fool all the people all the time ». (jd)

 


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Paris Suit Yourself

‘My Main Shitstain’

Big Dada

Comme dit Jamel à Stromae « excuse-moi mais c’est pas de la merde que tu fais là ? » -« Ah oui oui tout à fait », voici la principale trace de merde autoproclamée d’un quatuor franco-berlinois, Paris Suit Yourself. Bordelais d’origine compromis dans la hype snobs parisienne, ils se taillent à Berlin et rencontrent leur futur batteur, un maniaco classico-death-metal. Mélange détonnant de riffs punk concassés au mini Korg, d’éructations afro-rap et de rythmes polymorphes, cette arnaque bien ficelée est paraît-il encore plus spectaculaire sur scène : ces quatre fous bondissent dans le public prenant à parti les spectateurs plus bluffés qu’offusqués. Sûr qu’ils ne font pas dans la dentelle, comme en témoigne cette citation de la bassiste lorsqu’on lui tend son disque : « non merci c’est de la merde ». Et preuve qu’on peut faire des trucs dingos avec trois fois rien quand on déssert les fesses et qu’on arrête de se prendre la tête. Agressif, drôle et exalté, cet album est pour le label Big Dada un grand écart qui va laisser des traces au fond des calbars vu qu’il fait une incursion rock on ne peut plus fracassante. (jd)

 

 

Maceo Plex

‘Life Index’

Crosstown Rebels

Ça commence plutôt bien pour Maceo Plex qui n’est autre que le producteur techno Maetrik. S’essayant à un autre type de production, il nous sort donc un album de house présentant une veine légèrement funky très bienvenue, comme en témoigne d’emblée un ‘Gravy Train’ gonflé au G-funk. ‘Sleazy E’ est un titre où l’on se poste en observation avant une bataille que l’on devine déjà épique, tout entouré de cordes fantomatiques qui viennent faire monter un peu l’angoisse. Pourtant sur le titre suivant démarrant sur un fond de caisse à la ‘Billie Jean’, Maceo fait descendre un peu le tempo et fait cliquer quelques couches et birbes de claviers house sur des hoquets crescendo impromptus.  Ces beaux travaux sur les sons découchent ensuite sur ‘Silo’ et ‘You & Me’ moins captivants. Un peu refroidi, on écoute ‘Vibe Your Love’ avec amusement pour ces vocals très Stevie Wonder comme passé au ralenti. Quelques bons titres viennent dynamiser le propos ça et là (‘Dexter’s Flight’ style Detroit) mais 78 minutes avec l’impression parfois de tourner bien en dessous des bpm autorisés c’est long, c’est lent. Globalement on a pourtant un vrai album de house présenté sous forme de mix continu et offrant de fort belles recherches sur les sons (les vocals notamment). Mais peut-être Maceo aurait-il eu avantage à élaguer un peu son propos car en fin de parcours, on est dégrisé comme le vieux Zangra de Brel qui a passé sa vie à attendre la bataille du haut de sa forteresse. (jd)

 


Stateless

‘Matilda’

Ninjatune

Sur ‘Matilda’ reviennent certainement la combinaison de story-telling et de songwriting, mais force est de constater qu’elle fait une fort belle incursion dans les territoires électroniques. Avec l’aide du producteur Damian Taylor (Bjork et Prodigy), on se retrouve au centre de paysages desquels remontent d’oblongs sons électroniques dubsteps mêlés à des arpèges de guitares afro au milieu desquels plane une complainte mélodieuse due au chanteur du groupe, Chris James (‘Ariel’). Celui-ci nous invite à parcourir ses univers sonores dans une sorte de course de fond mise au ralenti par ses tempos pesants sans être oppressants, notamment grâce aux divers sons exotiques que l’on croise, offrant à ce rêve obsessionnel, une part de réalité à laquelle se raccrocher. Hallucination des espaces infiniment grands, ‘I’m On Fire’ s’écoute très fort et tisse avec grâce et légèreté un écran plein d’utopie et de paranoïa qui n’en pas sans rappeler un certain Thom York. Sur ce titre et les suivants, les arrangements orchestraux tiennent une place qui tendent à dramatiser quelque peu le propos voire à l’ampouler comme sur la fin de ‘Song For The Outsider’. Au bout du trip, on a croisé bien des caractères sombres, bizarroïdes ou étincelants, habitants d’une tapisserie sonore brodée de mélodies angoissantes et de sons remarquablement modernes et ambigus. (jd)

 

 

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19 janvier 2011

Tradi-Mods vs Rockers; abracadabrantesque!

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Abracadabrantesque !

 

Vous avez déjà entendu ça ? Moi jamais. Une bande de rockers alternatifs se fendent d’un album phénoménal en prenant pour angle d’attaque des titres de musiciens qu’ils vénèrent, ceux des disques Congotronics. Et le clash est fameux. Les rockeurs font littéralement exploser les barrières de leur créativité et, aux confins de deux mondes qui n’avaient rien et tout en commun, proposent un disque prolifique, dense et remuant sur tous les plans ! Cette oeuvre unique et majeure dans l’histoire des relations Nord/Sud, connaîtra une prolongation sur scène qui réunira Konono, Kasaï Allstars avec certains protagonistes du disque. Inspiration à 360° et fun débridé garantis ! C’est ce qui s’appelle un destin. Pour nous en parler, Marc Hollander et Mc Cloud le chanteur de Hoquets. Attention disque réellement inouï, unique exceptionnel comme on fait plus et que vous allez encore réécouter de nombreuses années avec le même émerveillement!

 

Marc : « Le premier album de Konono est très vite devenu la coqueluche des musiciens et du public de rock indé anglo-saxon. On s’en doutait un peu même si on pensait qu’il y aurait plus de d’engouement du côté de l’électronique vu le cousinage involontaire existant avec cette mouvance qui a des racines très anciennes du côté de l’Afrique. On nous a proposé plusieurs fois de faire des remix ce à quoi je m’étais toujours opposé car je trouvais que c’était brouiller les pistes. Il fallait d’abord faire comprendre aux gens la musique de Konono telle qu’elle est et que c’est le groupe qui joue et sonne de cette façon, sans qu’il y ait de production additionnelle de notre part. Et puis les remix, on les voyait venir avec leur tchac boom alors que cette musique est déjà comme cela naturellement. Devant la popularité croissante des musiques Congotronics, on s’est dit qu’on devrait prendre au mot tous ceux qui la citent comme influence et peu à peu a germé l’idée de proposer à des groupes indé de la prendre comme point de départ pour en faire quelque chose qui soit bien plus qu’un remix mais un truc vrrraiment nouveau. »

 

Comment avez-vous choisi les groupes ?

Marc : « On imaginait bien que certains groupes avaient des affinités directes, d’autres dont on savait qu’ils étaient fans ou même parfois on ne savait pas ce qu’il ferait mais on trouvait qu’il y avait quelque chose à tenter avec eux. Mais globalement ça correspond à un vrai engouement de la part de ces groupes, de cette scène. Du coup ça n’a pas été difficile de les convaincre de les embraquer dans ce projet. En tout j’ai été en contact avec une quarantaine d’artistes. Puis certains étaient trop pris ou n’ont pas pu arriver au bout de ce qu’ils voulaient. C’est parfois aussi un concours de circonstances car Tussle par exemple, venait justement de faire un morceau inspiré par Konono. Au départ on comptait faire un album simple, donc par prudence on a demandé a beaucoup de groupes pour être sûr d’avoir un album solide. Mais devant la qualité de tout ce qu’on a reçu, on est parti sur l’idée d’un double album. »

 

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On sent que ces groupes ont pris leur pied à re-travailler ces morceaux et ils font tout cela avec beaucoup d’aisance malgré le fait que la musique Congotronics est pour le moins complexe…

Marc : « Il y a toutes les approches en fait. Certains groupes comme Deerhoof ont vraiment analysé et décortiqué un morceau et ont appris à la rejouer. D’autres comme Allà se sont basés sur un élément sonore pour faire un morceau sans essayer de reproduire quoique ce soit. Jerek Bischoff lui a fait une transcription note à note pour orchestre de chambre qu’il a fait jouer de façon très carrée, à l’occidentale sans essayer de reproduire l’accordage africain. Ça donne un truc assez différent, une sorte de musique de film chinois… En tout cas, pour eux, ça a été une sacrée aventure de se lancer là-dedans et c’est pourquoi je leur ai demandé d’expliquer, dans la mesure du possible, leur démarche par écrit dans le livret. »

 

 

Mc Cloud, quand on t’a proposé de retravailler un titre de Konono à votre façon, que se passe-t-il dans votre tête ? Ça bouillonne mais par où commencer ?

Mc Cloud : « Pour nous Konono a vraiment été un catalyseur puisque c’est à l’issue d’un de leur concert qu’on a décidé de monter notre groupe. De plus nous sommes également partis de cette démarche de produire nous-mêmes nos instruments. Ensuite oui, on était très excité et on a voulu prendre quelque chose de nouveau dans le répertoire de Konono, d’où ce choix de ‘Makembe’ qui raconte par ailleurs l’histoire de Mingiedi (le leader historique du groupe) et de son groupe. C’est donc une source d’inspiration très directe. Par contre on a construit notre morceau dans le studio sans qu’on ait la moindre base de départ. Mais ça n’a pas été facile car on a voulu imprimer notre style tout en rendant hommage du Konono et avec tous ces rythmes différents c’est très inhabituel pour nous ! Et puis recomposer tout cela, c’est un grand voyage de découverte aussi. Et au final, c’est ni tout à fait nous ni tout à fait eux. »

 

Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus dans la musique de Konono et dans le fait de reprendre leur musique ?

Mc Cloud : « Je crois que ce qui a été fondamental dans demi-reprise, c’est d’y faire transparaître la joie de la musique, la fête, la danse ! Pour Konono, il faut danser ! Car au départ c’est vraiment ça la musique de Konono. C’est la musique parfaite pour donner une bonne occasion de faire la fête et de se lâcher ! Avec ça, on oublie tout le reste. Mais c’était vraiment une belle occasion car non seulement on aime cette musique mais en plus c’est l’occasion de l’étudier plus en détail. Et puis c’est passionnant d’écouter la méthode de travail de chacun des groupes par rapport à du Congotronics. C’est aussi cela, la richesse d’un projet comme celui-là. »

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De ton point de vue, comment expliquer l’engouement chez nous pour les musiques de Congotronics qui sont basées sur schémas musicaux très éloignés et qui sont de prime à bord assez bruts de décoffrage…

Marc : « Ces sons distordus, presque noise, couplés à quelque chose de très rythmique, cette pulsation… C’est pour ça qu’elles ont touché d’abord la scène indé plus que le public « musique du monde ». Même dans les médias « world », les vieux journalistes puristes en France et en Angleterre y voyaient au départ juste un groupe de transe. Pour eux et pour le vieux public de musique du monde, s’il n’y a pas une virtuosité et tout un travail de composition comme pour le jazz, ils ne comprennent pas… Alors quand c’est aussi répétitif que Konono avec ces sons qui arrachent et qui sont plus proches du punk, faut pas demander ! Mais pour moi c’est clair que cette musique est liée à la danse et c’est donc en live qu’elle s’expérimente le mieux. »

 

On connaît le phénomène Konono dans nos pays occidentaux mais qu’en est-il dans leur pays d’origine ?

Marc : « Tous ces groupes de musique tradi-moderne comme ils disent là-bas, sont à la base des musiques qui appartiennent à des groupes ethniques ou qui sont attachées à certaines régions. Lorsque les musiciens se sont retrouvés à Kinshasa pour différentes raisons, ils ont continué à jouer la musique de leur patelin pour différentes occasions. Imagine une amicale d’Auvergnats à Paris qui se réunirait dans l’arrière-salle d’un bistrot pour jouer leur bourrée auvergnate etc. Cela n’intéressera que ceux qui viennent de là mais ça ne bottera pas les jeunes ni les non-auvergnats etc. Pour Konono également, cette musique est réservée à un groupe social particulier. Maintenant, avec le ric hochet par l’Europe, les gens commencent à se dire qu’il se passe quelque chose et que cette musique est en train de se renouveler et de s’ouvrir aussi à d’autres traditions et d’autres musiques. »

 

Papa Mingiedi, le vieux leader historique de Konono, a-t-il écouté ce que les petits jeunes occidentaux ont fait de sa musique ?

Marc : « Lui et les autres groupes ont pu écouter le disque très récemment mais je ne sais pas quelles ont été leurs réactions. Ça dépend qui va écouter quoi. Mingiedi risque de trouver ça bizarre ! Il n’écoute que sa musique et il dit clairement que le reste ne l’intéresse pas. Chez les plus jeunes de Konono, ça va être différent. Pour Kasaï Allstars, ils vont sûrement être intéressés aussi car ils ont l’habitude des rencontres musicales étant donné qu’à la base, ce groupe s’est formé sur une coalition de cinq groupes ethniques de la province du Kasaï avec tous des instruments et des traditions différentes. À partir de cela, ils ont fait la démarche de sortir de leur musique habituelle pour aller vers quelque chose de nouveau pour tous. C’est comme ça que sur le box vinyle de Congotronics, il y a un 45T qui est en fait une collaboration entre eux et Akron Family. Là c’était la démarche inverse car c’est Akron Family qui a envoyé une base et c’est Kasaï Allstars qui ont rejoué par dessus. Eux, ils peuvent faire cela, ce qui est de bon augure pour le projet live qu’on est en train de monter. »

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Intéressant ça ! En quoi consiste ce projet live ?

Marc : « L’idée est de poursuivre ces échanges musicaux du disques sur scène en donnant l’occasion aux musiciens de travailler auparavant sur les pistes des uns et des autres. Dans une douzaine de festivals en Europe et au Canada, il y aura donc vingt personnes sur scène : une dizaine de membres de Konono et Kasaï joueront avec Deerhoof, Micachu & The Shapes, Juana Molina, plus d’autres invités encore à déterminer. C’est un super projet, très excitant, très ambitieux mais qu’il faudra bien cadrer ! Et tout ça fera l’objet d’un nouveau disque puisqu’ils constitueront un nouveau répertoire durant ces lives. Ce qui est très stimulant aussi, c’est qu’il y aura une participation de certains festivals qui de ce fait, vont contribuer à financer la création. C’est un projet très mobilisateur. Pour les 30 ans du label, ça fait plaisir ! »

 

Deux disques : Various ‘Tradi-Mods VS Rockers’ Crammed ; Zazou/Bikaye/CY1 ‘Noir Et Blanc’ Crammed

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Huun Huur Tu

 

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On est très gâté en bons disques ces temps-ci, alors profitons-en! Voici de nombreuses chroniques à paraître dans le prochain numéro de RifRaf.be D'abord Huun Huur Tu, pour une musique inouïe! Dans tous les sens du terme! Et ensuite une interview de Marc Hollander, le boss du label belge Crammed qui vient de sortir un disque abracadabrantesque où musiques africaines et occidentales font des étincelles comme jamais auparavant! Sans oublier l'excellente compil' sortie sur le label Strut consacrée cette fois à des musiques caribéennes absolument envoûtantes ainsi que le compil de Simbad et Lefto; ce dernier est un DJ bruxellois qui a ravi les oreilles de Gilles Peterson et les nôtres!

 

 

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Huun Huur Tu

‘Ancestors Call’

World Village

Voilà, c’était celui-là mon disque de l’année 2010 ! Une véritable révélation pour moi mais un groupe qui existe depuis plus de 15 ans. Originaire de la région de Tuva en Mongolie, le groupe tire son nom de l’étrange phénomène de diffraction de la lumière sur la steppe au lever et coucher du soleil. Lorsqu’on entend le chant diaphonique (chant du larynx) qui dissocie les harmonies de la voix, on imagine le parallèle entre les deux… Ces chants irréels sont tirés des traditions chamaniques ancestrales de même que d’influences plus modernes et sont accompagnés avec une infinie délicatesse par l’un ou l’autre instruments locaux comparables à un violoncelle à deux cordes, au saz, à la flûte. Dans une culture axée sur le rapport à la nature, aux éléments et aux esprits des trois mondes, on est réellement transporté par cette musique dans la grande famille du vivant : les hommes, les animaux, les forêts, le ciel… jamais je n’avais entendu le vent mis en musique avec ces couches vocales et instrumentales qui viennent ajouter chaque fois une petite nuance, un souffle, un changement de direction ; une magie naturelle (‘Saryglarlar’). Porté par les voix, chaque titre tournoie et vous enveloppe dans une expérience forte qui remue quelque chose au fond de soi, comme un appel ineffable à l’harmonie. Une musique hors du temps et à nulle autre pareille. (jd)

 

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No Blues

‘Hela Hela’

ON

C’est la maison de production ON (pour Oost-Nederland) qui est à l’origine de ce projet et du groupe No Blues. Le but était de tisser des liens entre le folk blues et la musique arabe traditionnelle. Le premier album avait été assez concluant et le groupe s’est enrichi au fur et à mesure des albums. Si le premier album affichait déjà un beau savoir-faire, ‘Hela Hela’ est une très grande réussite penchant plus vers le courty-blues. Chacun des musiciens est une sorte de sommité dans sa catégorie et ils ont trouvé plus qu’une simple cohérence, un véritable art du panachage des racines stylistiques avec un style on ne peut plus naturel. Chaque titre est un pur bonheur à écouter quel que soit le côté de la Méditerranée où l’on se trouve : l’oud se la joue tellement bien folk, qui lui semble si proche des mélodies orientales, les frontières sont transcendées. Cohérence, intégrité et richesse de cette rencontre ne sont pas des mots galvaudés pour cet album qui présente 12 titres dotés d’une forte personnalité (le formidable ‘Le’ folk oriental au slide, ‘Hela Hela’ aurait pu sortir du ‘Raising Sand’ de Robert Plant et Alison Krauss, ‘Digging A Grave’ vient tout droit de la veine ‘Dead Flowers’ des Stones) et constituent clairement l’apogée du groupe No Blues. Chapeau pour ce pur arabicana ! (jd)

 

 

Compiled :

 

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***

Various

‘Sofrito’

Strut Records

Affichant un sourire à 1000 watt, les aficionados des soirées Sofrito ont dû se dire : « Ils ont encoww fwappé ! ». Ils, c’est Hugo Mendès et le label Strut qui nous ont mijoté une de ces compils qui selon leur excellente habitude nous ressortent des petites péptites

du passé, axée cette fois sur le thème tropical. Hugo Mendès a fait de son digger aux Caraïbes et nous a ramené des véritables balles funky et dansantes telles qu’on les jouait en Guadeloupe, en Martinique et en Afrique. On n’en sait pas beaucoup plus, comme toujours sur ces disques promo miteux, alors que bien souvent le digger f

ait un véritable jeu de piste pour retrouve les vinyles, les groupes, les masters etc. Bon sachez en tout cas que c’est bel et bien une bombe tropicale ! La compil s’ouvre en cumbia à laquelle succède le groove des Ya Toupas Du Zaïre avec un ‘Je Ne Bois Pas Beaucoup’ flashé à près de 130 bpm, puis celui de Fair Nick Stars implorant la fin des commérages avec ‘Arrêtez Mal Parlé’. ‘Fa’Waka’ commence sur une biguine inoffensive pour reprendre sur un zouk virant à la transe… j’aimerais bien savoir ce qui se cache derrière cette expression créole ! Salsa, cumbia s’enchaînent à une c

adence d’enfer pour prendre carrément des allures de carnaval avec Roaring Lion. ‘Yiri Yiri Boum’ clôture cette compil sur un air très débonnaire. Un carton intégral ! (jd)

 

 

Various

‘Lefto & Simbad : Worldwide Family Vol.1’

Brownswood Recordings

Doué également d’un don d’ubiquité assez impressionnant, Gilles Peterson fonde son propre festival en 2007, le Worldwide Festival. Adoubés par le Gilles en personne, Simbad et Lefto (le DJ belge favori de Stubru) ont été mandatés pour concocter une double compilation de haute volée afin d’illustrer ce festival. Axé autour des musiques sophistiquées et underground, ce disque fort intéressant fait la part belle à des producteurs provenant aussi bien d’Allemagne (Damage Is Done), de Croatie (Eddy Ramich), de Belgique (UpHigh Collective), des States (Afrikan Sciences), d’Angleterre (Brassroots), de France (Trilogy) etc. Ils ont la particularité de ne pas être diffusés par les voies habituelles, nous amenant sur CD 27 titres d’une fraîcheur redoutable. Un double CD vraime

nt transgenre et sans frontière dans tout ce que vous pourrez trouver d’électronique, de hip hop, UK funky, dubstep, speed soca et j’en passe et des meilleurs, pour autant que ça fasse groover gentiment les clubs avec des sons avant-gardistes. Mais peu importe finalement car ces morceaux sont tout sauf prise de tête, encore moins racoleurs, et vous emmènent avec une spontanéité et une qualité rare dans des univers sonores éclectiques qu’on est avide de découvrir. Comme ils le disent très bien : il y a tellement de bonne musique qui mérite d’être partagée à large échelle. Dont acte. (jd)

Various

‘Riddim Box’

Soul Jazz Records

Encore une aventure underground de plus pour Soul Jazz Records qui nous emmène cette fois dans les bas-fonds de Londres dans les basses et les rythmes trépidants du UK Funky. Ce genre hybride s’impose peu à peu en assimilant tout ce qui a pu faire les beaux jours des sorteurs là-bas : garage, drum’n’bass, dubstep, house et j’en passe, chaque son est bon pour être recyclé aux côté d’autres pour en sortir du plus ou moins neuf. Difficile de se faire une vue d’ensemble de cette compil dont on a reçu qu’un CD sur deux, si ce n’est qu’elle fait la part belle aux instrumentaux présentant au début des rythmes à tendance afro genre coupé décalé déstructuré, sans doute à retravailler en live à grand coup de hot cue par tous les dj du cru… la technologie quand même ! Pourtant ces titres claquent un peu dans le vide vu l’absence de parties vocales. Seuls quelques titres se démarquent mais alors sérieusement, tels le ‘Ready She Ready’ de Tubby T et ‘Almighty Father’ de Sunship. À tendance ragga dancehall, ils présentent justement des vocals au flow ravageur. Donae’o clôt le premier CD sur un ‘African Warrior’ instru aussi mais martial à souhait. On vous parle de la suite si on la reçoit. (jd)

 

 

Maëlan

‘Live Life’

Janngo Records

Pour son premier album solo, le jeune bruxellois qui fut MC de Grimelock et backing vocals dans The DYnamic Band, a déjà bien traîné sa bosse underground. La production ne manque pas de savoir faire pour graver des sons dubstep (ce qu’il a fait également dans de multiples autres collaborations) et réaliser une jonction avec le reggae grâce à un travail mélodique de fort belle qualité (‘Thanks And Praises’ pour le côté hypnotique des chœurs égyptiens). Dans ce travail personnel et très fouillé au niveau des sons, il manque cependant quelque chose pour faire de cet album quelque chose de concluant sur toute la longueur: certains titres frisant avec le R’n’B (‘The World Belongs To The World’ et surtout ‘Chill Together’) seraient-elles des concessions grand public ? Ces titres plus faibles ressortent d’autant plus quand on écoute le redoutable single ‘Feel The Heat’ et surtout ‘Brussels City’ avec DYnamic qui dominent les autres titres avec leur vraie carrure dubstep. Suite au prochain numéro, sans aucun doute. (jd)

 

 

 

Dub Inc.

‘Hors Contrôle’

Naïve

En musique comme en politique, on peut pratiquer une forme de populisme (de gauche ou de droite) et séduire les gens avec des propos d’anti-ceci ou cela, des propos de rébellion de jardin, jouer avec des stéréotypes et convaincre des milliers de gens d’acheter vos albums, d’aller à vos concerts. Avec ses rengaines engagées à deux claques et ses refrains reggae éculés, c’est ce que font les Français de Dub Inc qui en sont déjà à leur quatrième album. En tout cas ce qui est sûr c’est que les propos les plus simplistes et réducteurs qui sont les plus aptes à manipuler les gens. Bon en musique c’est déjà pas terrible et ça donne des groupes comme Dub Inc qui font les amuseurs publics depuis presque 10 ans. Mais en politique c’est nettement moins marrant lorsque un de ces guignol populiste se retrouve du jour au lendemain au pouvoir – élu par ceux qui ont cédé au brainwash- et se comporte comme le pire des nouveau riches pour mener un pays au chaos au nom d’une cause supérieure qui tourne en rond. Mis à part le jeu de mauvaise foi des politiciens, c’est un peu ce qu’il se passe avec Dub Inc : une musique à message à deux balles qui tourne en rond et déssert la cause du reggae. Il faut savoir arrêter quand on n’est pas à la hauteur. Même si le peuple en redemande. Alors les gars, faites comme Fatbart, devenez présentateur télé et laissez la cause reggae à des gens qui en sont dignes. (jd)

 

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***

Cut In The Hill Gang

‘Mean Black Cat’

Stag-O-Lee

Derrière ces tronches de sales kets dessinées sur cette pochette un peu gothique, se cachent de sacrés gaillards qui en connaissent un bout en terme de rock garage. Ayant complété le groupe d’un claviériste émérite, leur formation s’est dotée non seulement d’un son nouveau mais aussi d’une réelle inspiration additionnelle. Voilà des gars qui ont compris que la formule duo ne mène pas souvent ailleurs qu’à l’économie de talent. Basé sur dix reprises de blueseux et de rockeurs poussiéreux, ‘Mean Black Cat’ est un brûlot qui vampirise les originaux pour en ressortir des morceaux assez inédits comme ce ‘Let’s Get Funky/Black To Comm’ qui fait péter les durites, en tout bon croisement entre Hound Dog Taylor et MC5 qu’il est. Enchaînement avec le célèbre ‘Serves Me Right To Suffer’ du bluddhiste John Lee Hooker… son d’amplis à lampes, montées vertigineuses, cette version est tout de suite à énumérer parmi les plus fiévreuses. ‘The Right To Love You’ trouve sa place aux côtés de ‘I Put A Spell On You’ du Creedence pour ses noires imprécations et son chant soul. ‘Fuck The People/Revolution’ opère à nouveau un croisement bâtard/zinneke ébouriffant soit la rencontre entre Kills et un de leurs prédécesseurs de Spacemen 3, avec toujours ce son sourd, sale mais terriblement puissant. Le trip à fond la caisse dans l’enfer rock garage se termine à la slide acoustique en un superbe hommage au Gun Club propulsant ce disque bien plus haut qu’un simple album de reprises et directement du côté de mes disques du mois. (jd)

 

 

 

 

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22 novembre 2010

Secousse! Interview de Radioclit

secousse

Interview de Radioclit à paraître dans le numéro de Rif Raf de décembre:


All Mixed Up!

 

Secousse, ce sont ces soirées de haute voltige tropicale lancées en 2008, pour essaimer rapidement de Londres à Paris en passant par Moscou, Stockholm et bien d’autres villes. Chauffé à blanc et noir par ces beats trafiqués au fin fond des bidonvilles d’Afrique, le public de curieux s’est mué en vrais aficionados. Le temps était donc venu pour Radioclit de lancer une compilation énumérant sous nos oreilles effarées ces hymnes des ghettos subsahariens. Qui d’autre que le label belge Crammed pouvait être partant pour propager de pareilles frasques ? Rencontre avec la moitié de la clique, Etienne Tron, occupé à multiplier les projets autour de cette musique endémique qui ne demande qu’à se propager.

 

Vous avez réussi à présenter un bon petit tour d’Afrique où l’on passe de la Côte d’Ivoire à l’Afrique du Sud en passant par le Congo, le Cap Vert et j’en passe. Comment avez-vous récolté cette musique peu disponible en Europe ?

Etienne Tron : « C’est la continuité de mon travail de DJ de ces dix dernières années au cours desquelles j’ai beaucoup exploré cette musique. J’ai habité et joué dans différents pays où j’ai fait bien sûr des recherches chez les disquaires et où j’ai croisé pas mal d’artistes qui sont sur le disque. Internet m’a aussi permis de faire des découvertes très locales. Je n’ai donc jamais mis les pieds dans la plupart des pays dont il est question.  Le choix des morceaux était axé sur ce qui marche bien dans nos DJ sets. Après, c’est vrai qu’on retrouve des écoles et des époques différentes, des artistes connus, d’autres beaucoup moins mais il n’y a pas de thème dans ce disque, si ce n’est celui de proposer un aperçu des meilleures musiques de clubs de ghetto de ces quinze dernières années. »


images3Pourquoi l’Afrique en fait ?

Etienne : « C’est le premier volume d’une série de compilations et l’Afrique représente une grosse partie du son secousse qu’on défend. Mais nos intérêts musicaux vont dans beaucoup de directions : pour le moment je suis en exploration profonde dans tout ce qui est musique arabe, le nord de l’Afrique, le raï, etc. J’ai plein d’idées pour les volumes suivants avec pour dénominateur commun le son du ghetto. Les connexions sont nombreuses, notamment entre le ghetto et la pop, soit autant de morceaux obscurs qui ont un côté un peu tropical. Et de toute façon, si la musique est bonne, elle est accessible à tous ceux qui ont envie de bouger ! »


Pourtant les publics européens ne sont pas toujours ouverts sur les musiques africaines, parfois fort éloignées de ce qu’ils écoutent habituellement…

Etienne : « Je pense au contraire que le public est très ouvert. Par contre ce sont souvent les maisons de disque et les médias qui ont un plus peur de ça. Où que je joue dans le monde, il m’arrive rarement de recevoir un mauvais accueil par rapport à la musique afro ou quoi. Maintenant le problème est parfois que les publics ne sont pas assez mélangés. C’est aussi pour ça que j’ai fait ces soirées Secousse : le constat est que les gens ne se mélangent plus trop dans le monde de la nuit. Mais il est possible de retrouver cette mixité en poussant des artistes originaires de ces pays-là. »


Outre la musique de la compile, c’est cette intention-là qu’il me semble nécessaire de mettre en avant pour sortir un peu du mainstream et faire de la place à tous ces artistes.

Etienne : « C’est pas tellement pour sortir du mainstream car il sera toujours là. Mais je crois que le mainstream va évoluer et s’ouvrir de plus en plus sur les cultures de ces pays du Sud. Il faut que les prochaines stars et pop stars viennent de Bombay, de Kinshasa ou Soweto et moins de New-York et Londres. Certains artistes de la compile seront peut-être de ceux-là… DJ Serpent Noir par exemple. Et c’est ça aussi qui est intéressant dans le travail fourni pour ce disque : il y a beaucoup de choses à construire avec ces artistes que ce soit en termes de production, de DJ set, de booking, d’édition etc. Ils méritent d’être beaucoup plus connus et reconnus ! »


images5Justement, ces titres qu’ils ont composés, est-ce que ce sont des one-shot ou bien s’agit-il d’artistes qui peuvent aller plus loin ou qui ont peut-être des albums derrière eux qu’on peut découvrir ?

Etienne : « Ça dépend : parfois ce sont des singles ou bien ce sont des titres qui n’étaient jamais sortis mais qu’ils avaient mis sur internet. Pour Thomas Chauke ou un groupe comme Magic System, il y a évidemment tout un passé. Mais souvent c’est LE morceau que j’apprécie chez l’artiste et puis basta. Je ne me suis pas posé d’autre question que «  ça marche sur le dancefloor ou pas ». Certains de ces artistes sont de vieux musiciens plus trop en activité, d’autres sont très dynamiques et j’espère que cette compile sera l’occasion pour eux d’enregistrer et de tourner plus. Je suis très confiant là-dessus et c’est aussi pour ça que j’essaie de développer les soirées Secousse dans un maximum de pays. »


On entend clairement que les morceaux sont faits avec des sons cheap de synthés Casio et quelques bouts de programmes craqués, ce qui donne un son très roots. Tu as une idée sur la façon dont travaillent ces artistes ?

Etienne : « Plein de morceaux ont été faits sur un vieux PC pourri, avec à peine des enceintes de poche et pour le studio, n’y pense même pas. C’est vraiment les moyens du bord… ça fait partie de la culture du ghetto. Mais ce n’est pas propre à la musique africaine. On a toute une nouvelle génération de gamins qui font de la musique avec ce qu’ils peuvent et ce n’est que plus tard dans leur carrière qu’ils ont accès à un équipement professionnel. Pour capter l’énergie et la fraîcheur des débuts, il suffit de peu de chose. »


À quelle occasion les artistes que tu connais ont-ils commencé à s’intéresser aux possibilités offertes par la musique électronique ?

Etienne : « Difficile à dire, il faudrait leur demander. Beaucoup ont été exposés à ça grâce à la musique européenne, la french touch, Daft Punk… Bob Sinclar a beaucoup mélangé les rythmes africains et la musique électronique, Frédéric Galliano également ou DJ Gregory qui est très connu là-bas. En Afrique du Sud, il y a eu une grosse vague de house très influencée par les Etats-Unis. Ce qui est intéressant mais complexe parce qu’il s’agit d’une sorte de va et vient permanent : Bob Sinclar va s’inspirer de l’Afrique pour faire de la house, et dans certains cas, ça va être écouté par les Africains qui vont en faire autre chose qui sera réécouté par les Occidentaux etc. »


Comment les titres présents sur la compile sont-ils reçus dans leur pays d’origine ? Ce sont des big hits ou bien d’obscures productions ?

Etienne : « C’est ça aussi qui est marrant dans ce disque : on mélange des gens qui sont des légendes vivantes dans leur pays comme Thomas Chauke qui doit avoir dans les 65 ans et qui a récolté plein de Grammy Awards en Afrique du Sud. A côté de lui, on a Skeat qui est un inconnu de 16 ans qui fait son premier single. »



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La diversité des styles musicaux de cette compile est un atout mais est-ce que tu pourrais l’exporter, en même temps que tes soirées, dans des pays africains ? Un peu comme ici, certains publics sont parfois très à cheval sur LEUR style de musique, ou sur la musique de LEUR pays…

Etienne : « En surface tu pourrais dire ça de n’importe quel public. Il y a des tendances culturelles fortes dans tous les endroits où tu vas. C’est pas comme pour un concert par exemple où tu viens avec quelque chose de spécifique et programmé à l’avance. Or le travail du DJ est d’amener une ambiance, comprendre les gens qu’il a en face de lui et construire également à partir de cela pour arriver à ses fins. Mais c’est vrai que ce serait super d’arriver à en faire plus en Afrique. J’ai quelques idées par rapport à ça : on a joué dans un festival au Malawi (le pays d’origine du chanteur de The Very Best duquel Etienne fait aussi partie) ce qui fut une expérience très forte, on cherche à jouer dans un festival au Mali aussi. Je rencontre de plus en plus de gens qui partagent ce même amour pour cette musique et je crois que tout ça pourra se mettre en place peu à peu. C’est un truc qui est de plus en plus dans l’ère du temps et les gens sont demandeurs. Il ne tient qu’à nous de faire le pont entre les deux continents. »

 

Cette demande qui est dans l’ère du temps, tu situes son origine dans le regain d’intérêt qu’on a connu pour l’afrobeat en Europe par exemple ?

Etienne : «  Je la situe dans le regain d’intérêt pour toutes les musiques black en général. Que ce soit le reggae, la soul, le rap etc. pour moi la musique noire est un énorme pan de la musique en général, pas de Stones sans Chuck Berry et sans le blues etc. Quand on aime la musique ce serait fou de ne pas écouter de la musique africaine, c’est dans ce sens-là que ça va et pas l’inverse selon moi !  Regarde l’explosion du reggae, l’engouement et le marché qu’il a créé… J’attends impatiemment le jour où une star africaine sortira du lot ! »


danseuses_culAvec Crammed, tu as trouvé le label idéal car peu sont prêts à sortir ce genre de musique malheureusement…

Etienne : « Oui quelle chance ! C’est une amie, Cibelle également signée chez eux, qui m’a mis en contact. J’étais très fan depuis longtemps, notamment pour la série des Konono, Staff Benda Bilili, Balkan Beat Box, etc. et je suis très fier de bosser avec eux car il n’y a pratiquement aucun autre label qui a cette envie d’aller défricher ce genre d’artiste mais avec une vision très moderne. »


 

***

Various

‘Radioclit Presents African Dance Music Anthems : Secousse Vol.1’

Crammed

 

Attention, voilà des secousses de club mais pas de club propret, c’est du worldwide ghetto culture comme ils disent ! « Ils » ce sont les DJ franco-suédois de Radioclit, alias le groupe afro electro The Very Best. C’est eux qui nous ont compilé 17 titres venant des dancefloors les plus poussiéreux d’Afrique avec le pari de porter cette musique sur les pistes occidentales et décloisonner les genres autant que les publics. Cette initiative de dézingage du mainstream est non seulement urgente mais très jouissive car porteuse d’une énergie festive ahurissante ! Ça se passe comme vous ne l’avez jamais vu ni entendu : dans les 160 bpm, avec toutes sortes de sons pourvu qu’ils soient à base de beats machinaux souvent inouïs jusqu’ici. C’est pas du Jessy Matador, non mon pote, c’est du slum… Kuduro, coupé décalé, funana, soukous, bubu music, tout se danse très très vite et tout est axé sur des pas de danses grivois avec des jump up jusqu’au plafond. Pas étonnant que ce soit aussi efficace : tous les titres ont été préalablement testés en situation lors des soirées « Secousse » organisées par les deux compères dans des pays bien nés. Cette compile annonce vigoureusement la part du lion que de jeunes musicos africains vont se tailler dans les musiques électroniques. Et ce qui est sûr, c’est que ça ne ressemblera pas à ce qu’on en connaît ici. Vivement le volume 2 ! (jd)

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15 novembre 2010

2010 Tops & Ebo Taylor


A paraître dans le Rif Raf de Décembre:

Top 10 2010:

1. Various : ‘Radioclit Presents African Dance Music Anthems : Secousse Vol.1’

Crammed

 

Meilleur disque de l’année ou pas, j’en sais vraiment rien mais ce genre de son world beat gravé dans l’électro d’occasion a toute les raisons de se retrouver en tête d’un top ranking chez nous (lire la chronique de ce mois). En plus sophistiqué, celui des Peas Project ou de Buraka Som Sistema appartient somme toute au même monde. Lively up yourself ! Lire interview semaine prochaine sur ce blog!!!

 

2. The Peas Project : ‘Power & Romance’ The Peas Project 

3. Various : ‘Tumbélé ! : Biguine, Afro & Latin’ Soundway Records 

4. Blakroc : ‘Blakroc’ V2

5. The Jim Jones Revue : ‘Burning Your House Down’ Punkrockblues Records/PIAS

6. Quentin Dujardin : ‘Impressionniste’ Agua Music

7. Le Double : ‘Songs For Maggots’ Spank Me More Records

8. Junip : ‘Fields’ City Slang/COOP

9. Choc Quib Town : ‘Oro’ World Connection

10. The Black Angels : ‘Phosphene Dream’ Blue Horizon

11. Various: 'Papua Close To Nature' Air Mail Music

12. Galactic: 'Ya-Ka-May' ANTI-

13. Tetine: 'From A Forest Near You' Slum Dunk Music

14. The Baseballs: 'Strike' Warner

15. Dobet Gnahoré: 'Djekpa La You' Contrejour


ebo_taylorEbo Taylor

‘Love And Death’

Strut

L’afrobeat originel est toujours aussi vert et on s’en réjouit. C’est le ghanéen Ebo Taylor qui nous en apporte la preuve éclatante. Au début des années 60 à la London School of Music, il intégrait déjà le jazz dans le highlife africain en compagnie de Fela. Devenu producteur et arrangeur, il travailla pour de nombreuses stars de son Etat et enregistra quelques projets solo dont subsiste notamment le fameux ‘Heaven’, fer de lance sur les compilations d’excellents labels comme Soundway Records ou Analog Africa. À 74 ans, ce grand pionnier affirme vouloir faire avancer la cause de l’Afrobeat et c’est le label Strut qui lui offre son premier album en sortie internationale. En compagnie du Afrobeat Academy basé à Berlin (cf. aussi le Kabu Kabu de Jimi Tenor), Ebo Taylor signe huit morceaux sentencieux dont deux nouvelles versions d’anciens titres. Pouvoir écouter tout un album de son cru divulgue une vision plus personnelle de l’afrobeat : les textes, moins basés sur les revendications politiques, sont autant chantés que scandés. Dans la voix acérée et aiguë de Taylor, l’émotion est palpable, surtout sur le titre éponyme (titre ancien relatant une histoire d’amour qui tourne au tragique… pas si fréquent dans l’afrobeat !) qui balance son lot de frissons à glacer tout le delta du Niger. Mais ce qui frappe le plus c’est l’aspect très solennel et grave des morceaux, renforcé par des descentes de cuivres déférentes, comme pour célébrer le retour (également sur scène) d’un grand maître qu’on n’avait que trop peu écouté jusque-là. (jd)



Afrocubism

‘Afrocubism’

World Circuit Records

Projet qui aurait dû voir le jour en 1996 sous la forme d’une super groupe réunissant la crème des musiciens maliens et cubains, le producteur Nick Gold se ravisa lorsque les Maliens ne purent quitter Bamako faute de visa. Il dut se « contenter » de ce qui allait redevenir le Buena Vista Social Club… On a vu pire comme coup du sort ! Néanmoins sa passion pour les correspondances entre musiques cubaines et africaines allait à nouveau être titillée par les protagonistes maliens et c’est en 2009 que le projet fut relancé, notamment sous la houlette de Bassekou Kouyaté (n'goni) et du guitariste Djelimady Tounkara. Pour compléter le dream team, le plus jeune du Buena Vista, Eliades Ochoa (guitare et chant) et son orchestre ainsi que Toumani Diabaté (kora), le chanteur Kassé Mady Diabaté et le balafoniste guinéen Lassana Diabaté. A faire pâlir plus d’un producteur de hip hop en mal de featuring crémeux. Sauf qu’ici les musiciens prennent le temps de tisser des liens entre leurs racines respectives et d’élaborer des compositions et des reprises d’une saisissante consanguinité. On finit par se perdre avec bonheur tant les voix et les instruments (duos guitare/kora !) s’entremêlent avec une concordance et une délicatesse confondante. Comment ne pas être conquis par tant de talent et ému par le charme de chansons comme La Culebra’, ‘Jarabi’ et ‘Nima Diyala’ ? Cependant le charisme sur l’ensemble de l’album fait légèrement défaut si l’on se réfère aux travaux respectifs des différents musiciens. De même que certains instrumentaux viennent assoupir quelque peu le propos. Cela n’empêche cette expérience d’être vivace et captivante. (jd)

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Axel Krygier

‘Pesebre’

Crammed

Oiseau à plumes exotiques et protéiformes, Axel Krygier est un producteur et musicien de talent issu de la turbulente scène de Buenos Aires, de même qu’un des plus sûrs représentants de la vague tropicale argentine. Versé dans le classique et dans les musiques folkloriques les plus insolites, il troque rapidement la flûte et les partitions pour des logiciels de fou et des claviers midi. Toutes ces lubies lui laisseront un goût pour le fantasque et pour une esthétique rustique mais limpide. Il possède, ce qui ne gâche rien, un sens de la dérision qu’on retrouve autant dans le pictural (la pochette où il dessine une Nativité revisitée en musiciens de crèche) que dans les textes et la production pleine de facéties sonores. Pour son quatrième album, Axel nous trimballe entre des Rois mages twistant sur un air latino (l’excellent ‘Cucaracha’ en ouverture), Joseph au tuba pour un klezmer tropical et quelques moutons en rut qui mâchonne un blue grass des Andes. Même l’âne et le bœuf sont convoqués pour beugler en vocodeur sur l’intro des beats hip hop de ‘Pesebre’. Bref ce chatoyant mélange de folklores d’Amérique du Sud et d’élucubrations électroniques qui est tout sauf lourdingue, est le disque le plus baroque et fluide entendu depuis longtemps… et bien plus qu’un simple cadeau de Noël ! (jd)


Shaking Godspeed

‘AWE’

Suburban Records

Au taquet ces Hollandais, à l’attaque ! Enregistrant dans un garage quelque part aux Pays-Bas début 2010 le groupe a conquis sa réputation grâce à des prestations live sauvages. Parmi tous les valeureux représentants du rock alternatif auquel ils croient dur comme fer, les Shaking Godspeed font la différence avec des titres beaucoup plus originaux et percutants que nombre de leurs confrères (cf. les fades The Mad Trist, Hollandais également chroniqué le mois dernier). Les guitares blues-rock, les slides (‘We’re Under Attack, So I’ve Heard’) y sont pour quelque chose mais pas seulement car tout cela prend des tournures très alternatives voire stoner (‘People Wait People Listen’ ébouriffant) au gré de l’inspiration déviante du trio. On flirte à fond les balais avec les limites des genres et de la pression nerveuse : il y quelque chose des Eagles Of Death Metal éructé par un Jon Spencer, un je ne sais quoi du son ou de l’énergie brute et ramassée du Led Zep III. Bon on en rajoute (ça fait du bien parfois !) mais ‘I Don’t Have Time’ sonne beaucoup mois bien, avec un refrain qui sent la Heineken pisseuse repris en chœur par tous les marins du pays. Idem pour le très sixties ‘Lately’. Quoi qu’il en soit avec Shaking Godspeed, vous êtes aux commandes d’une vieille carlingue spatiale avec laquelle vous rentrez dans la stratosphère bien au-delà de la vitesse autorisée et c’est toute la carcasse qui trinque en éparpillant ses derniers bouts de carapace. Le bouclier thermique rend l’âme, il fait étouffant, puis toutes les commandes vous lâchent et vous vous retrouvez sans ailerons, sans freins et pas le moindre parachute… Prêt pour l’atterrissage en catastrophe quelque part entre le Mississippi et Palm Desert (Sessions)… une bonne paire de claques ? (jd)

 

 

 

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07 novembre 2010

Emission radio + Mix Afro!

Radio et tropical mixxxxxx...

Voici peu j'ai commencé à produire une émission radio dédiée aux musiques du monde. "Esperanto" puisque c'est son nom, est diffusée sur RCF 107.6 et sur le site www.rcf.be mais ma tranche horaire n'est pas encore clairement attribuée... Deux émissions par mois, et plus peut-être par après.

En attendant que ces émissions soient disponibles en streaming, voici un petit mix qui brasse, entre mille autre choses, ce qui pourra être entendu sur "Esperanto". Par ailleurs c'est un mix assez dansant avec des musiques qui nous viennent de contrées baignées de soleil et de rythmes déhanchés, sans oublier quelques bonnes lignes de basses funky! C'est ce dont je vais m'inspirer pour mon prochain mix au bar Floréo, fin du mois (samedi 27-11).

Cliquez ou copiez ce lien et vous quittez le cloudsleeper pour vous retrouvez sur le soundcloud... Enjoy!

http://soundcloud.com/lumberjahk/2010-11-22-tropico-afro-funk

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24 octobre 2010

Black Angels

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Interview et chroniques à paraître dans le prochain Rif Raf de novembre:


Nebula Oscillator

Quel est ce karma qui nous poursuit pour qu’on croise tous les deux ans la trajectoire ces oiseaux de mauvais augure ? Pourquoi reviennent-ils sans cesse à la vie éprouvant dans l’angoisse et la souffrance des sons et des impressions déjà mille fois vécues ? Pour exorciser quelques démons intérieurs ? Pour en retirer quelque expérience nouvelle et salvatrice ? Oui bien sûr on a déjà vaguement entendu ça, mais où était-ce ? Et dans quelle vie ? Tout cela a—t-il vraiment existé ? Peut-être vaut-il mieux qu’on ne s’en souvienne pas, car ici dans le Texas de W, on dit que celui qui se souvient de ses mandats précédents doit mourir… le rappel serait trop lourd à porter. Alors délaisse ton mental, livre-toi au néant et écoute Alex Maas, la tête brûlée de l’équipage des Black Angels, qui évoque en communication brouillée leur troisième album qui devrait envoyer le groupe dans les meilleures mémoires d’outre-tombe.

Avec un titre d’album dopé aux phosphènes et aux rêves hallucinés, on retrouve bien votre marque de fabrique pourtant pas mal de choses ont changé depuis ‘Directions To See A Ghost’ notamment dans la production…

Alex Maas : « Notre intention était de porter notre son plus loin que ce qu’on avait fait précédemment. On a eu la chance de pouvoir collaborer avec Dave Sardy avec qui on a pu pousser l’expérimentation d’une façon assez différente et il a apporté des contours plus précis. En même temps le fait de travailler avec lui nous a sorti de notre Texas pour aller chez lui à Los Angeles, ce qui a fait évoluer notre imaginaire également. »

 

L’aspect mélodique semble être plus travaillé et tu chantes plus que tu ne psalmodies, comme si tu voulais utiliser ta voix d’une autre façon.

Alex Maas : « Oui là aussi Dave nous a aidé à trouver la chanson à l’intérieur de la chanson, totalement psychédélique comme truc. Et comme on est très fan du vieux rock mélodique comme les Troggs et les Beatles, on a beaucoup bossé sur les harmonies pour repousser nos barrières et obtenir en même temps quelques choses de moderne grâce à son expérience. Les parties vocales sont vraiment utilisées comme des instruments au même titre qu’une guitare, un clavier… Dans la chanson ‘True Believer’ par exemple je chante sur un registre beaucoup plus aigu. »

 

Ta voix est confondante de similarité avec celle de Grace Slick de Jefferson Airplane.

Alex Maas : « Oui c’était plutôt fortuit au départ, mais la chanson s’est mise comme cela. C’est une chanteuse fantastique et le Airplane nous a évidemment beaucoup marqué. En même temps on s’est rendu compte qu’on avait d’habitude beaucoup de titres mid-tempo et avec une chanson comme ‘Telephone’ on a voulu faire quelque chose de plus rapide et qui offre une atmosphère plus légère comparé à ‘True Believer’ justement. A priori ce n’est pas la direction de notre groupe, mais on a pris notre pied à jouer un truc comme ça, presque dansant en fait ! »

 

Est-il exact que vous refusez l’étiquetage « psychédélique » pour qualifier votre musique ?

Alex Maas : « Non ça ne me dérange pas en soi, mais le mot signifie beaucoup de choses et il est tellement galvaudé par les journalistes qui associent tout et n’importe quoi à cette musique des années 60 et aux drogues etc. À la base pour moi c’est simplement la recherche d’une musique qui emmène ton esprit ailleurs et te fait voyager intérieurement. Et l’esprit de ce type de musique n’a pas été inventé avec les sixties. Il a toujours existé surtout dans les sociétés tribales dans les expériences initiatiques et chamaniques, c’est une excursion spirituelle. Mais on n’a pas la volonté de s’attacher à tout prix ce qualificatif car il change tout le temps et nous changeons aussi. »

 

La musique psyché se définit par excellence comme une musique à message à faire passer à la conscience ou à l’inconscient. Avez-vous aussi cette intention ?

Alex Maas : « Chacun se pose la question de savoir ce qu’on va faire de cette vie qui nous est donnée sans avoir rien demandé. Chacun emprunte donc différents chemins dans la vie et arrive à un certain niveau de connaissance de soi et du monde et disons que la musique est un moyen pour témoigner de ces découvertes. À partir de cela, le public et les fans vont donner leur propre interprétation de ce que nous livrons dans nos chansons. Cela doit rester ouvert et très libre et chacun doit découvrir et devenir la vérité qu’il a trouvée. »

 

La musique psyché peut-elle encore être subversive comme elle l’étais à l’époque ?

Alex Maas : « Comme je disais c’est assez difficile de décrire la musique psychédélique aujourd’hui. Néanmoins je trouve nécessaire de véhiculer un message. Qu’il soit subversif ou révolutionnaire ou quoi, m’est un peu égal. Mais il faut au moins attirer l’attention des gens sur des thèmes qui nous semblent significatifs dans le monde où nous vivons. Beaucoup de gens sont indifférents à tout et, en tant que groupe, on veut montrer qu’on se soucie de ce qu’il se passe aujourd’hui dans notre monde qui est de plus en plus instable. »

 

Vous avez des paroles qui sont assez acerbes comme dans ‘Phosphene Dream’ où vous dites « Our President then was dead to us ; he takes his pill so he can kill. Praise the Bible ».

Alex Maas : « Oui c’est un point de vue américain disons, assez franc et pas spécialement répandu. La plupart des gens en Amérique ne se soucient pas de ce qu’il se passe dans le monde ce qui est assez dramatique. Personnellement, je souhaiterais qu’ils soient plus impliqués. »

 

Jim Morrison avait pour habitude de dire que le rock et les rock-stars sont des politiciens érotiques. Est-ce que cela t’inspire encore ?

Alex Maas : « Je ne cois pas que tout ceux qui font de la musique et qui sont des stars ont besoin de s’identifier à cette idée de Jim Morrison. Mais le fait que la plupart des gens s’intéressent plus à Justin Biber et Britney Spears qu’à tout autre chose dans la vie démontre qu’il avait en partie raison. C’est à présent l’érotisme et le produit qui l’a emporté sur la signification et la valeur réelle. Ceci dit, les Doors, Velvet, les Stones, ils étaient tous de supers musiciens mais en dehors de ça ils ont pu être de sacrés connards aussi ! Pas vraiment des gens super au niveau humain : destructeurs, manipulateurs, ego surdimensionné... mais moi ce qui m’intéresse dans tout ce bordel c’est ce qu’ils ont créé, c’est leur art, leur musique. Je peux avoir beaucoup d’admiration pour l’art créé mais pas pour l’artiste en lui-même et c’est souvent ça avec ces musiciens de cette époque. »

 

Pour ce troisième album, vous avez signé sur le label anglais Blue Horizon qui fut le label phare du British blues boom dans les années 60. Pourquoi avoir signé chez eux et pas directement sur une major comme Warner qui détient Blue Horizon ?

Alex Maas : « Signer chez eux c’est un peu avoir le meilleur des deux mondes. Les gars qui tiennent ce label depuis si longtemps ont fait tellement pour la musique et ont un tel feeling artistique tout en ayant une grande expérience business dans le créneau musical où nous sommes. Avec eux on est vraiment considéré comme un groupe de premier plan et on reçoit toute l’attention nécessaire, ce qui ne serait pas le cas sur une major où on ne serait qu’un produit parmi tant d’autres. »

 

Un mot sur les concerts que vous avez donnés en Europe et en Belgique récemment ?

Alex Maas : « Je te dis un truc mec, c’est que le concert à Bruxelles était le plus intense de tous, vraiment je rigole pas. Le public était vraiment dingue, un concert incandescent, un sacré souvenir ce show en Belgique ! On revient en février ! »


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Natacha Atlas

‘Mounqaliba’

World Village/Harmonia Mundi

De ses débuts avec Transglobal Underground à sa carrière solo brillamment défendue, Natacha Atlas pouvait se targuer d’afficher une carrière fort intéressante dans les arcanes de la musique electro-orientale. Montrant toutefois d’inévitables signes d’essoufflement sur un disque comme ‘Something Dangerous’, elle réussit à se réinventer sur ‘Ana Hina’ où tout son attirail électronique fut passé au rebus au profit d’un orchestre arabe avec lequel elle interprétait un répertoire populaire autant réjouissant qu’innovant. Poursuivant sa carrière au gré de ses goûts et de son talent vocal toujours aussi impressionnant, la voilà de retour et franchement elle n’en finit pas d’étonner. Entourée une fois encore par un orchestre arabe (ce « retour aux sources » lui ayant si bien réussi) de haute tenue, elle s’est adjoint les services d’une pianiste de jazz exceptionnelle, Zoe Rahman. Dotée d’un doigté d’une grande délicatesse, elle amène une sorte de romantisme arabisant à cet album duquel découle une mélancolie et une sensibilité, toute orientale certes, mais qu’on avait peu entendu chez Natacha Atlas. En outre les cordes somptueuses, constamment en contrepoint à ce piano, font de ce huitième album solo une véritable fresque cinématique et lyrique. ‘Mounqaliba’ sonne comme disque tout à fait à part et on doute qu’il y ait grand chose qui puisse encore arrêter cette chanteuse aux ressources décidément inépuisables. (jd)

 

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Kaly Live Dub

‘Lightin’ The Shadows’

Jarring Effects/Discograph

La scène lyonnaise comporte nombre de groupes aux tendances electro-jamaïcaines de toutes sortes. Kaly Live Dub n’est pas le dernier-né d’entre eux car il sort ici son cinquième opus. Poussant désormais l’expérimentation jusque dans les sombres sentiers du dubstep, les structures sont complexifiées, les sons de plus en plus triturés et KLD fait preuve d’une discernement intéressant dans ses nouvelles compositions : des plages lourdes et mélancoliques s’étirent pour mieux exploser en des groove intergalactiques (‘Light’s Thief’, ‘Moog Lee’). Conflicts’ est une estocade hip hop convaincante sur lequel K-The-I, échappé de Big Dada, pose un flow atypique et sous tension, évoquant le spoken words de Saul Williams. Je ne pige pas tout dans cet univers sonore âprement entortillé, mais je me dis que, un peu comme pour un cerveau, ce type de son utilise 100% des capacités des baffles et du cerveau là où les autres se contentent de 60%. Est-ce cela aussi le dubstep : élargir la conscience sonore de notre hi-fi et de nos cerveaux ? Bon mais pas trop non plus, je l’aime bien moi ma caverne. Comme si le groupe m’avait entendu, il a la très bonne idée de proposer en deuxième partie d’album une série de titres de dub roots flamboyants (‘Peaceful Warrior’, ‘Radical In The Vatican’) aux grooves moins abstraits apportant à l’album le kick qui en fait une pièce bien captivante et remuante à écouter d’un trait. Un album mature, imaginatif et intense, de quoi rassasier les sounds systems avec des sons particulièrement bien amenés. (jd)

 

John Legend & The Roots

‘Wake Up’

Columbia/Sony

Réunion au sommet entre deux importants protagonistes de la black music des Etats-Unis. Les immenses The Roots et leur rap versé dans le jazz, le funk, la soul et ayant pour particularité de constituer un véritable orchestre ce qui n’est pas fréquent dans le secteur. De l’autre un des king du soul revival mais doté d’une voix et d’une crédibilité live parmi les plus accomplies, John Legend. L’idée de ce dernier était de faire un album reflétant l’époque de changement socio-politique important avec l’élection d’Obama en puisant son inspiration dans la musique noire de la fin des années 60, également une époque de mutation… Et avec qui pour collaborer ? The Roots ! En voilà une bonne idée. Pourtant le résultat est en dessous de ce qu’on aurait pu espérer d’une telle rencontre. Les reprises sont très bien choisies (notamment pour leurs textes intelligemment engagés), impeccablement interprétées et produites. Pourtant au bout du compte, on a un album un peu mou du ventre comme si la magie était inopérante… est-ce cette malédiction de vouloir refaire de l’ancien avec du neuf  (cf. le ‘I Wish I Knew How It Was To Be Free’ qui passe émotionnellement inaperçu alors que c’est un titre emblématique de Nina Simone et du mouvement Noir) ? C’est qu’il y a à inventer autre chose plutôt que de s’inspirer continuellement des anciens qui finissent pas devenir des poids. Peut-on espérer des prestations live d’anthologie lorsqu’on connaît la réputation scénique des deux protagonistes ? (jd)

 

Cheikh Lo

‘Jamm’

World Circuit

Cinq années qu’on n’avait plus de nouvelles du Burkinabais, alors qu’il était actif depuis une trentaine d’année et qu’il nous avait laissé quelques beaux moments musicaux tout en chaleur et en décontraction. Puis un beau matin il a pris sa guitare et une petite percussion et a commencé à gratouiller sur les mélodies et les rythmes qu’il voulait obtenir. C’est à peu près comme cela que sont nées les dix nouvelles chansons de ‘Jamm’… y a des matins fous où tout change tout d’un coup et le cœur se remet debout comme dit France Gall. Et alors ? Et alors ‘Jamm’ swing typiquement à la manière de ces rythmes qui ont déferlé dans les années 60 et 70 en Afrique… Que ce soit en wolof, en français ou en espagnol, Tabu Ley Rochereau et la rumba ne sont jamais loin mais rendus ici dans un style encore plus laid back. Même le funk de ‘Bourama’ (un petit qui emprunte un vélo sans rien dire et le rend tout cabossé…) est joué ici sur un mode « sitting » et c’est vrai qu’après tout il n’est point nécessaire de forcer la dose, le propos de Cheikh Lo n’a jamais été là. Une tranquillité certaine habite cet album et c’est peut-être là l’unique propos lorsqu’on sait que ‘Jamm’ veut dire la paix… toute la clé est là ! C’est une musique attachante et douce que nous propose Cheikh Lo dont les notes simples et ensoleillées (‘Folly Cagni’ ou ‘Ne Parti Pas’ mon favori) vont nous tenir longtemps de bonnes vibes matinales cet hiver. Et tout le monde chante, amor tambien…(jd)


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The Moon Invaders

‘Live At The AB Club’

Grover Records

The Moon Invaders fut fondé à Bruxelles début 2001 et n’en finit pas de soulever les foules album après album et concerts après concerts. C’est qu’ils font de la musique jamaïcaine comme personne : une haute dose de ska, de reggae roots, de dub bien sûr mais aussi des touches de rhythm’n’ blues et de rocksteady pour des compositions terriblement fraîches et originales. Les voix, les mélodies excellentes, les cuivres toujours enjoués, tout rappelle les grands jours du Studio One et on peut se réjouir que ce groupe soit l’un des fidèles de cette « mouvance ». Leurs performances scéniques ont précédé leur réputation discographique et il fallait impérativement immortaliser leurs prestations endiablées. Le rendez-vous fut pris à l’AB et l’on retrouve sur ce disque tout ce qui fait le talent du groupe avec la participation active du public qui chante sur les titres les plus accrocheurs (beaux échanges sur ‘Can’t Keep A Good Man Down’) et danse de plus belle. Outre ces titres, on entend un hommage appuyé à la Big Easy, New Orleans, avec ‘Congo Square’ et ‘Rebel With A Wallet’ dont les cuivres et le groove agile ont du sérieusement calciner la scène de l’AB. Sure shot pour le groupe qui a regroupé ici deux concerts d’anthologie à écouter, réécouter et (re)voir sur scène ! (jd)

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Lobi Traoré

‘Rainy Season Blues’

Glitterhouse Records

Lobi Traoré était l’un des émissaires du blues bambara qu’il présenta pour la première fois comme telle dans un album éponyme datant de 1991. Sa carrière l’amena à tourner en Afrique, en Europe et en Amérique où son jeu de guitare électrique complexe et foudroyant lui valait des comparaisons avec Holwin’ Wolf ou Lightnin’ Hopkins. Il joua sur le Mali Music de Demon Albarn et en 2005 il sortit ‘The Lobi Traoré Group’ qui restera comme l’une des pièces maîtresses du blues malien, arrivant avec un naturel incomparable à unir la tradition musicale bambara avec un blues rock aussi âpre que vigoureux. Le bonhomme nous a hélas quitté en juin dernier et ce disque est ce que le producteur des Tamikrest, Chris Eckman, a eu l’occasion d’enregistrer avec lui à l’arrache, dans l’espoir de lui retrouver un label. Imaginez-vous juste le bonhomme cloîtré un jour de pluie dans un studio déglingué de Bamako grattant seul ses inlassables tourments, ses invectives, ses odes à ses proches et à la vie et quelques germes de sagesse. Bien sûr il y a eu Ali Farka mais Lobi, lui, travaille des riffs plus teigneux et rêches comparés au style plus ornementé du grand maître… En cela, Lobi se rapproche un peu plus du Mississippi, comme en atteste le titre d’ouverture qui vous prend à la gorge dès la première mesure. Et toujours, toujours ce rythme binaire sur lequel trébuchent ces mots de vauriens… mais quel que soit le côté de l’Atlantique où l’on vit, le blues est finalement le même et Lobi Traoré, mieux qui quiconque, est passé pour nous le rappeler. (jd)


 

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20 septembre 2010

The turning of the wheel

 

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The Jim Jones Revue

‘Burning Your House Down’

Punk Rock Blues/PIAS

« Qui parle dans mon dos parle à mon cul » disait Fatbart avec ce talent de communicateur et de tribun qu’on lui connaît. Comme j’ai pas envie de sentir ce qui sort ni du sien ni de celui de Jim Jones, je me tais. Sauf que ce qui sort de la bouche de Jim Jones, c’est pas de la daube pop(uliste) : larynx au bord de la rupture, brutalité ravageuse et hénaurme son, les petit-fils de ces putes de Cactus et The Faces méritent une review détonante. Non pas que leur rock’n’roll de pub anglais ait inventé quoique ce soit mais juste pour la jouissance d’écouter un sempiternel et authentique rock’n’roll band qui va vous tordre le coup à force de vous secouer la caboche comme des brutes. Et ce qu'il y a d'essentiel c'est qu'ils jouent cette musique comme si tout était encore à inventer! Déchirure rock’n’roll absolue du moment et dès lors à ne pas mettre entre toutes les oreilles. Long live rock’n’roll ! (jd)

 

 

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Junip

‘Fields’

COOP/City Slang

Voilà un disque qui atterrit dans ma platine sur une bien heureuse suggestion. Très vite l’oreille est attirée par la voix suave et étrangement aiguë de José Gonzales. Le phrasé apaisant qu’il déploie sur ces chansons folk sont d’une infinie délicatesse alors que celles-ci s’écoulent comme une caresse aérienne sur fond de bourdonnements électroniques. Puis la répétition de certains motifs révèle comme une présence fugace qui semble hanter chaque titre et lui conférer un pouvoir hypnotique subtil. Sans doute l’influence de la musique éthiopienne pays d’origine de la mère du batteur Elias Araya. La sobre ornementation électronique due à un Moog sensationnel ressort par couches successives tandis que la voix est appuyée ci et là par de discrètes harmonies, relevant la voix juste où il faut. Cet album finalement est une vibration qui prend de plus en plus d’ampleur au fil des titres et finit par vous envelopper ‘In Every Direction’. Aux détours d’autres projets, le groupe a mis dix ans pour le finaliser l’album, ce qui prouve que les bonnes choses arrivent à qui sait attendre. Junip fait de la musique comme on n’en fait plus. (jd)

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Chali 2NA

‘Fish Market Part.2’

DECON Records

Quoi mon poisson ? Qu’est-ce qu’il a mon poisson ? Le premier qui ose dire qu’il est pas frai se prend ce 2NA en pleine tronche. Chali 2NA c’est cette voix profonde et chaude qui gronde et bougonne avec ses potes de Jurassic 5 depuis perpet’. Jamais à court de bon rap, le groupe a pourtant décidé de se séparer. Voici donc un nouvel exercice solo de Chali après le très réussi ‘Fish Outta Water’. Plus ichtyophage que jamais, il nous revient avec un étal toujours aussi bien achalandé : voilà un album plein d’espiègleries hip hop, incisif et efficace. On trouve autant de featurings qu’auparavant bien qu’ils soient moins « crème du hip hop». C’est que ‘Fish Outta Water’ avait pour mission de lancer très officiellement la carrière solo de Chali et se devait donc d’assurer, ce dont il s’acquitta avec grande classe. Ici, il se met moins la pression et signe un album un poil plus old school. Cela ne l’empêche pas d’être on ne peut plus fresh comme on disait dans les débuts du funk. Cet effluve est encore renforcé grâce à quelques titres aux sons très actuels comme cet espèce de dubstep (va !) ‘Hood Report’ sur lequel Chali pose un flot imparable. ‘Focus Up’ incurve presque vers le hit facile où les vocals féminins viennent apporter une touche R’n’B sans être bitchy pour autant. On trouve donc un album très prolifique avec tout ce qui a fait le talent de Jurassic 5 mais dans un style légèrement différent (sans doute grâce à DJ Des Andres également). En tout cas, voilà une production nettement plus digeste et crédible que bien d’autres carnivores du rap US plein de haine va, et bien en peine de sortir quoique ce soit d’aussi fresh. (jd)

 

 

Donso

‘Donso’

Comet/Because

Si vous n’avez pas appris la Bambara étant jeune, Donso veut dire guerrier. Mon petit neveu qui sait déjà tout sur tout m’a dit qu’en Chinois ça se dit Jaan Sphyr et en russe Tematchké etc. C’est fout ce qu’on leur apprend comme conneries aux gosses. Vous voilà bien avancé pas vrai ? Mais sachez qu’en France, Donso c’est un groupe derrière lequel se cachent quatre musiciens maliens et français. Alors que l’un d’eux est mieux connu sous le nom de Krazy Baldhead (et ses disques sortis sur Ed Banger), les autres sont vocalistes et joueurs de n’goni. Voilà qui laisse croire qu’on a affaire à des gens qui ne manquent ni d’imagination ni d’audace. En effet ils signent un album tout à fait captivant où le chant africain fleuri est accompagné de toutes sortes d’effets et de riffs électroniques non moins ornementés et rythmés. Il faut souligner que les musiciens ont su faire preuve d’une imagination et d’un respect mutuel assez rare tant il est vrai que l’electro ici n’est en aucun cas envahissante et vulgaire. Aucune des deux tendances n’éclipse l’autre et on a droit à des chants d’une fort belle facture auquel il est laissé toute latitude. ‘Donso’ constitue donc un travail afro et electro comme on n’a pas encore entendu pour lequel on ne peut que féliciter ces guerriers de tous les antipodes. (jd)

 

 

314tgur

Roots Manuva Meets Wrongtom

‘Duppy Writer’

Big Dada

Parti de l’excellente idée de réinterpréter du Roots Manuva en accentuant la teneur en reggae/ thc (si tant est que cela est possible) Wrongtom passe en revue différents titres phares (ou pas) répartis sur l’ensemble de la carrière de Roots. On a donc un travail en parfaite adéquation avec les originaux et une approche reggae/dub tapissée de structures et de sons électroniques poussés au plus tordu possible. Parmi tous ces titres, on retrouve avec plaisir ‘Lick Up Ya Foot’ travesti où l’on entend distinctement Roots Manuva railler notre pays avec des choses comme : tendez votre cul, Belgique, tendez plus haut, svp, aub. Oui voilà, encore un petit effort, oh oui, comme ça ! Il y a encore un parti politique qui veut se faire une réputation sur ton dos. Euh, pardon je devrais dire dans ton cul, haha. Non pas besoin de vaseline, ça va encore grever le budget fédéral et qui va payer pour ce pot-là, la Sécu ? Puis, t’as l’habitude depuis tout ce temps. Quoi ? Bon, allez mais un tout petit peu, hein. C’est vrai que ce n’est que le début d’une longue, longue tournante, d’un véritable carrousel faut-il dire. ‘Rebuff’ justement fait tourner à nouveau l’excellent ‘Buff Nuff’ sur une rythmique au clavier qui donne un tournis en mode dub et c’est pas qu’un coup de bluff. ‘Motion 82’ loin de ressembler à un remix bureaucratique, clôt cet album en beauté et en dansant. Bref tout sauf un jeu de dupe, cette rencontre entre Roots Manuva et Wrongtom. (jd)

 

 

Tricky

Mixed Race

Domino

Certes, c’est avec convoitise qu’on voit venir un nouvel album de Tricky. Certes, on donne toujours autant de crédit à son univers embrumé et tortueux. Pourtant on ne peut pas dire qu’il ait regorgé d’inspiration ces derniers temps. Ce ‘Mixed Race’ semble malheureusement confirmer qu’il est bel et bien du mauvais côté de la pente, celui où on sue pour le moindre petit pas. À l’inverse de ses ex-compères de Massive Attack, il a quand même le courage de s’essayer à autre chose et nous offre ici huit titres allant dans des directions assez différentes. Exit le trip hop et tout l’appareillage sonore sophistiqué, il a voulu aller à l’essentiel. Mais force est de constater qu’il manque quelque chose : le premier titre se termine après même pas 2’30 sans que rien ne s’y soit passé. ‘Kingston Logic’ est une reprise un peu courte de la Jamaïcaine Terry Lynn se terminant par un banal fade out après 2’30 également. ‘Early Bird’ commence plutôt bien mais il aurait pu développer un peu plus ! ‘Ghetto Stars’ fait la part belle aux arrangements à la Vanier/Gainsbourg, influence de la France où il réside désormais. Franchement on reste sur sa faim à chaque fois. Et c’est comme ça tout au long de ce court album : 28’ ! On dirait que Tricky a voulu faire du light, du sobre mais ça ne lui va pas trop bien. Soit il a arrêté l’herbe, soit il a pris le risque de construire ses nouveaux titres sur un format hyper court comme un vieux reggae. Mais ils n’ont nullement cette vivacité-là. Soit c’est bel et bien le manque d’inspiration. Niet genoeg, onvoldoende, copie à revoir et à représenter avec quelque chose de plus consistant pour relancer notre intérêt. (jd)

Posté par cloudsleeper à 18:25 - Commentaires [0]
12 août 2010

Charlie Jones’ Big Band

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Charlie Jones’ Big Band

‘Wash The Dirt Off These Hands’

Charlie Jones’ Big Band

Non, il ne s’agit pas du groupe du beau-fils de Robert Plant parti en carrière solo, c’est juste des lads de chez nous qui font une sorte de country blues sombre et poisseux. Ça vous rappelle un duo bruxellois ça ou quoi ? Eh bien c’est vrai que certains titres appartiennent à cette veine de country blues tel que Black Box Revelation le joue avec ‘Never Alone Always Together’ mais on ne trouve guère de rock garage explosif chez Charlie. Leur trip se situe dans des morceaux plus lents aux sons vraiment ténébreux et dans un registre vocal plus travaillé (les harmonies carrément hypnotiques sur le très bon ‘Where I Draw The Line’), bref plus Mark Lanegan que Black Keys. ‘Summer Queen’ et ‘Give Up’ dépouillés mais peu aboutis laissent également entrevoir de belles qualités de songwriting folk avant qu’un très beau final tout en ‘Helter Skelter’ ne vienne saccager ce disque tout en force et en finesse. Mention spéciale pour ‘Lay Down’ dont le piano embrumé et nostalgique évoque les Nits. Même si le niveau d’écriture de l’album est parfois inégal, ce groupe est assurément à suivre d’autant que le leader Jan Verstraeten a eu la bonne idée de s’entourer de multiples musiciens (mais toujours pas de bassiste !) ajoutant des couleurs intéressantes et de riches idées qui seront à coup sûr approfondies ultérieurement. (jd)


Horace Andy

‘Serious Times’

Groove Attack/Rough Trade

Voilà un Jamaïcain qui n’est pas près de se faire jarter de Couleur Café et autres. Tous les néo-bien-pensants du monde se retrouveront autour de ce disque pour dire qu’il est fréquentable car ni trop ceci, ni trop cela. En somme on a du Horace Andy tel qu’on le connaît depuis quelques années avec ses chansons reggae plus placides et lisses que jamais et qui sonnent comme de pénultièmes répétitions de ce qu’il sait faire. Pour un monsieur avec une discographie si imposante on aurait pu attendre quelque chose de moins convenu. Bon dieu, serait-il lui aussi appuyé l’industrie FM et corseté par des groupes de pressions ? Il semble hélas qu’il se fonde à merveille dans ce moule sans cesse croissant qui contribue à l’uniformisation des goûts pour être sûr de ne heurter personne. D’où ces chansonnettes fort bien produites dans un son reggae classique mais particulièrement ennuyeuses et qui finissent toutes par se ressembler. Pour Horace Andy comme pour beaucoup d’autres, voilà à quoi mène ce règne galopant du politiquement (et musicalement) correcte. Après son prochain disque avec Black Eyed Peas et David Guetta, il sera temps de refermer la discographie. (jd)


The Ettes

‘Look At Life Again Soon’

Suburban Records

Suffragettes ? Bachelorettes ? The Hut comme le gros Jabba ? Het quoi finalement ? Ce suffixe on ne peut plus féminin laisse toutes les suppositions ouvertes. En fait, il s’agit d’un trio de deux filles, un mec qui nous vient de Nahsville. Sur leur premier album, les voix sucrées et poppy croisent le chemin des sons des guitares grasses et garage à souhait. À première vue, pas besoin de beaucoup de fioriture dans ce son : une grosse pédale fuzz avec un max de réverb. Ça suffira pour obtenir un mélange réussi de titres punk girly sur des beats sixties bien cadencés et mis en place. À y regarder de plus près, il a sûrement fallu pas de gros efforts numériques pour obtenir un son si ancré dans l’analogique et surtout pour arriver à concilier girly et garage en rendant celui-ci suffisamment cheesy pour ne pas effrayer les jeunes filles farouches de 14 ans ainsi que les radios. Néanmoins ça dépote gentiment sur les onze titres d’une durée totale d’une autre époque, 27’ ! (jd)


Lady Daisey

‘In My Pocket’

BBE

Voyons un peu ce qui traîne dans ses poches, à la petite Daisey, dernière signature de l’excellent label anglais BBE. Comme de Funès identifiait un vin rien qu’à sa couleur, sa robe et tout le bordel, bref sans le goûter, les couleurs roses/rouges de la pochette laisse voir qu’on s’adresse à un public féminin et jeune, de même que ce gros plan sur le visage angélique mais peu apparent de Daisey. La casquette bouffante façon année 30 négligemment posée sur le côté et le piercing nasale laisse supposer un cross over censé être anti-conformiste entre soul et de hip-hop. Alors que le grain de la photo découpée en trois façon sixties accentue l’habillage old school, de sorte à toucher également un public un peu plus mature. Un parfait exemple de target transgénérationel plus que probablement. Le verdict ? Ben oui, c’est ça sauf qu’on est frappé par la voix ultra sucrée et carrément juvénile de la petite qui contraste avec une production plutôt savante mais pas clinquante, comme si on avait passé tout ça dans un huit pistes point barre. Bref moderne et soul, à l’instar de ‘Goes Down Like’ samplée du sublime ‘Didn’t I’ de Darondo. Et voilà, « That’s entertainment » comme dit le grand, le fabuleux Robbie Williams dont son exceptionnel Live at Summer Banks, « Give it up for Kylie ». Qui ça ? (jd)

papouasie11

DJ RKK

‘Elektropic Vol.1’

Naïve

Si vous n’y comprenez rien à ce langage musical ne dites pas : « je suis trop bête et paresseux pour comprendre cette musique ». Dites plutôt : « je souffre d’un acouphène qui m’empêche d’ENTENDRE ce type de musique ». Ça s’appelle l’acouphène sélectif. C’est très pratique et ça marche très bien, il paraît même qu’on peut l’utiliser pour postuler à un boulot de premier ministre, personne ne vous le reprochera. Tropique au compteur, Remy Kolpa Kopoul, (par ailleurs voix historique de radio Nova) est déjà l’auteur des deux compilations ‘Brasil Do Futuro’ et ‘Latino Do Futuro’. Ici, il élargit encore les horizons et creuse dans des sons un poil plus brut. De New-York à Buenos Aires en passant par Miami, Bogota, La Havane ou Rio, on navigue entre baile funk des favélas, la cumbia digitale (El Hijo de la Cumbia), afrobeat sauce Brazil (DJ Tudo), coco du nordeste brésilien, la salsa, le tango (Gota Project), les connexions sont bien variées, le son trendy et le résultat haut en couleur. On n’en reste pas moins exclusivement dans le latino, évoluant dans un groove le plus souvent mid-tempo qui a moins vocation à vous emmener vers la piste de danse qu’à vous faire siroter un cocktail bleu et vert. Avec un titre pareil, on attend avec impatience un ‘Elektropik’ vol.2 faisant la connexion entre des sons similaires venus d’Afrique et leurs cousins baile funk (un peu plus explicites que sur le Vol. 1) ou les basses de Miami. Ce qui devraient franchement remuer du popotin. (jd)

Walter Gibbons

‘Jungle Music’

Strut

Voici la première compilation multi-label proposant un éclairage fort intéressant du travail d’un des grands innovateurs dans l’art du extended mix 12’’ apparu au milieu des années 70. Walter Gibbons se fit connaître dans le Bronx pour mixer en même temps deux mêmes disques afin de rallonger ainsi un morceau et le restructurer pour les besoins du dancefloor, posant ainsi les bases du disco et des mix de dance music. Remixant à tour de bras et ré éditant nombre de titres avec force breaks, percussion tribales et effets bluffants, il créa son propre style appelé par ses contemporains la « Jungle music ». C’est au travers de collaborations avec des stars et moins stars des années 76-86 qu’on peut entendre l’étendue de son travail : Gladys Knight (‘It’s a Better Than Good Time’), Bettye Lavette (‘Doin The Best That I Can’), Arthur Russel (‘See Through’) etc. Attention c’est quand même daté, estampillé d’époque avec envolées de violons jusqu’à plus soif, comme on les aime dans La croisière s’amuse mais c’est aussi un abécédaire de l’art du remix. Le second CD propose des travaux plus expérimentaux développés au cours des années 80, dont l’intriguant proto new beat/electro ‘Set It Off’ de Strafe. Comme cela arrive souvent dans ces univers riches d’excès en tout genre, Gibbons crisa, se converti à la religion et devint DJ de musique… gospel avant de mourir su SIDA en 1994 dans l’indifférence. Bel hommage donc à quelqu’un qui fut un grand pionnier. Qui d’autre que le label Strut pouvait proposer cela ? (jd)

08

Various

‘Heritage’

Munich Records/Skinfama

La diaspora congolaise de Belgique entend marquer de ses mots et ses sons le cinquantième anniversaire de l’indépendance et questionner son identité, son histoire et sa relation au monde. Pas de tcha tcha tcha ici mais du son urbain et des textes coups de poing. Ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait que c’est Pitcho qui est aux commandes du projet, avec le soutien de la Communauté française et Africa Tervuren. Le disque s’ouvre sur un texte poétique et urbain glanant quelques scènes crues de Kinshasa le long du boulevard du 30 juin. Sur des beats soignés et variés signés Solal, s’entrechoquent les « crises de nègres », les procès, les espoirs, le passé, le futur… C’est toute une conscience collective qui trouve un moyen pour s’exprimer mais également pour jeter des ponts entre deux époques, deux identités, deux pays qui jadis faisaient un (ou 25/75, c’est selon). Interrogeant cet héritage, ces artistes n’hésitent pas à aller jusqu’au bout de leurs revendications, de leurs contradictions sur des thèmes essentiels : l’inter culturalité, l’intergénérationnel et l’insertion citoyenne. Un disque fort qui on l’espère trouvera un plus qu’un échos en Belgique comme en RDC. (jd)

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01 juillet 2010

Festival des musiques sacrées de Fès

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Fès, carrefour des cultures, capitales des musiques du monde.

Pour la seizième année, l’ancienne capitale impériale devient le carrefour des musiques d’un monde en voie de disparition en Occident, celui des musiques dites sacrées. Loin de correspondre à une étiquette élitiste et guindée, cet adjectif qui peut sembler quelque peu solennel, désigne une musique ancrée dans les moments quotidiens de la vie comme dans les grandes occasions de réjouissances mais surtout dans ce qui réunit les Hommes quelle que soit leur culture, leur croyance. Pour preuve, cette prestation de Hariprasad Chaurasia, le maître indien du bansuri DSC03631(flûte indienne en bambou), qui vint célébrer le petit matin au travers de ragas dont il restitue avec un son et un jeu d’une finesse inouïe les vibrations et l’énergie éclosant à ce moment de la journée. Les joueurs de tambours Koréens sont venus avec forces percussions (notamment des gongs évoquant tour à tour le tonnerre, le vent, la pluie ou les nuages) chasser les démons en bousculant le ciel et ses habitants parfois mal intentionnés... another way to rock'n'roll! Dans cette performance très physique et percutante, ils nous ont également emmené dans des danses tourbillonnantes accompagnés de serpentins tout aussi étourdissants.


L'ensemble Baghdad-Jerusalem, composé notamment d'un violoniste juif d’origine irakienne est venu rappeler les liens qui unissent les musiques traditionnelles arabes et juives avec des chants d’humeur si festive qu’une partie du publique, indépendamment de ses appartenances religieuses et ethniques (nombreuses ici à Fès !) s’est mis à danser dans un mouvement on ne peut plus spontané. A son tour, Jordi Savall, qui fut découvert par le grand publique par la bande original qu’il signa pour le film « Tous Les Matins Du Monde », a démontré grâce à son orchestre multiculturel (musiciens classiques européens, arabes et juifs chacun appartenant à une tradition historico-musicale spécifique) les racines qui unissent les pratiques musicales des mondes arabes, juifs et européens. En hommage à Jérusalem, ville des trois religions du Livre, c'est petit cours d'histoire commune et surtout une véritable ode à la paix qu'il a lancée grâce à sa musique si emprunte d'humanité.

DSC03575Les musiques sacrées des confréries soufies étaient manifestement à l'honneur à Fès, ville de tolérance à travers les âges. Que ce soit sur la scène officielle du festival ou sur les scènes "off", de nombreux frères et sœurs sont venus avec leurs tambours et leurs voix chanter la joie extatique de célébrer Dieu dans des rituels d'une ferveur et d'une beauté chorégraphique époustouflante: l'ensemble Mtendeni Maulid de Zanzibar fut de ceux-là, célébrant avec une grâce et une vigueur toute africaine la quête spirituelle qui caractérise les Soufis, d'où qu'ils viennent. Le festival a également offert une place de choix aux musiques persanes sur sa scène avec la présence de Shahram Nazeri et l'ensemble Rûmi. Dans un registre plus intériorisé, il déclame comme nul autre la poésie des grands maîtres mystiques soufis accompagné par des musiciens (setar, kamantché, percussions) qui soulignèrent avec délicatesse et discrétion les inflexions vocales de Nazeri. D'un pouvoir émotionnel profond, sa musique sembla ouvrir une sorte de passage entre le monde réel et le spirituel, chantant avec autant d'allant que de mélancolie la quête de l'homme vers le sacré. Encore un soir de concert exceptionnel au cours de cette semaine qui n'en fut jamais exempt.

 

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Les programmateurs du festival ne craignent pas pour autant de confronter la tradition et le sacré avec la musique dans ce qu'elle a de plus contemporain et populaire, à savoir la musique électronique. Il est loin le temps où les dynasties de musiciens de cour divulguaient leur art dans les alcôves des palais et le Sizero Tabla Experience (composé notamment du tabliste électronique Talvin Singh et du sitar-hero Niladri Kumar) offrit un bel exemple de chevauchement des époques et des sons. En plus de toutes ces remarquables musiques, les "Rencontres de Fès" ont pour but de jeter un éclairage littéraire et intellectuel sur cet évènement et de réfléchir cette année sur le thème du voyage initiatique avec des intervenants passionnants tels que Émile Shoufani par exemple.


Pour clôturer un festival de musique "sacrée", quoi de mieux que la vitalité et la profondeur du gospel? Les Blind Boys Of Alabama (qui chantaient sur le superbe ‘There Will Be A Light’ de Ben Harper, celui-ci s'étant décommandé du festival de Fès pour cause de chute en skateboard…) se sont acquittés de cette tâche avec une ferveur qui a conquis même les plus jeunes venus en masse pour s'éclater sur cette musique qui n'a d'autre but que la libre expression de chacun par la danse et le chant collectif... Voilà autant de une programmation fascinante  puisant dans des traditions éparpillées aux quatre coins de la planète. Toute au long de cette semaine, elle a constitué, autant que la ville de Fès elle-même, des passerelles et des opportunités uniques pour échanger une certaine forme de spiritualité dans un monde enclin au cloisonnement et à une quête matérialiste effrénée.



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19 mai 2010

Blue Flamingo

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Ce mois-ci un disque vraiment exceptionnel: 'Congo Jazz' issu des trésors qu'on trouve encore en 78 tours en quelques endroits de la planète... Un travail de collectionneur et de DJ également! Plus bas, un interview à paraître dans le prochain Rif Raf de juin de The Peas Project dont nous parlions le mois dernier... à suivre le 28 mai au Jazz Marathon: concert sur la Grand Place!

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Blue Flamingo

‘Congo Jazz’

V2/Excelsior Recordings

Blue Flamingo est l’un de ces obsessionnels du vinyle, façon plus old school que old vu qu’il collectionne et fait tourner sur d’antiques machines les 78 tours uniquement. Dans un travail de digger acharné et de détective international, il a mis notamment la main sur des copies rarissimes d’enregistrements congolais des années 30, époque où les Congolais retrouvent dans la musique cubaine importée par les colons, une partie de leur héritage rythmique, mélodique, etc. Il ne s’agit pas là de musiques qui font la gloire de collectionneurs (sinon je n’en parlerais pas) mais bel et bien titres qui sont absolument jouissifs à écouter. Le disque est divisé en trois mix chacun orientés sur des thèmes différents : les racines nouvelles- orléanaises de ce ‘Congo Jazz’ avec ce pétaradant ‘I’m Mister African’ de Leon Rene’s Orchestra, l’exotica avant l’heure de ‘Borneo’ et bien d’autres. Ensuite le ‘Congo Jazz’ à proprement parlé exhume des petites splendeurs du premier label du pays, Ngoma Records, comme ‘Fiesta Cubana’ un cha cha cha faussement naïf, la rumba ‘Bolingo E Gagne’ dont la guitare monte dans les aiguës et accélère la cadence en plein milieu de la chanson… cela deviendra une des caractéristiques de la musique du pays. Le troisième mix ‘That Old Time Religion’ fait la part belle au père du gospel, Thomas Dorsey, avec des titres vocalement transcendants, pour preuve ce ‘I’m On My Way To Canaan’ par Mahalia Jackson. Bref un disque exceptionnel tant par la sélection des titres que par leur association musicale et thématique. Son d’époque mais de qualité et parfaitement écoutable aujourd’hui. (jd)


Morcheeba

‘Blood Like Lemonade’

PIAS

« Hij kan het niet » disait un grand chambellan de la cour à propos du potentiel royal de prince Philippe. De même ce ‘Blood Like Lemonade’ n’arrivera pas à succéder honorablement à ses prédécesseurs et marquera la fin d’une belle aventure. Pour ma part, je n’avais jeté qu’une oreille ou deux aux disques qui avaient succédé à ‘Fragments Of Freedom’ et de toute façon, sans Skye, la magie avait disparu. Après avoir vogué dans une aventure solo peu convaincante, celle-ci s’est décidée à rejoindre les frères Godfrey pour un nouvel album et on s’en réjouissait. De helaasheid der dingen est que cet album est ennuyeux et d’une mièvrerie sans nom : rien à garder dans ces dix titres d’une pop insipide et terriblement molle. Déception. Où sont passés les sons trip-hop phosphorescents de ‘Who Can You Trust’ ? Ceux du ‘Big Calm’ olympien ? Et cette pop soul naïve aux refrains enivrants de ‘Fragments Of Freedom’ ?? Et bien tout cela est à présent recyclé pour une cuvée 2010 mais avec un Morcheeba totalement en manque d’inspiration. C’est étonnant de constater cet effondrement : il est clair que ces gens n’avaient plus rien à créer ensemble et qu’il n’y aura pas de next episode. Laissons le macchabée reposer là où il est en paix, quelque part dans les 90’. Comme le disait le king of pop philosophe, George Harrison, ‘All Things Must Pass’ et c’est très bien ainsi. (jd)


Dreadzone

‘Eye On The Horizon’

Dubwiser

Les prix Nobels, ça vient de tomber : prix Nobel d’économie : Goldman-Sucks pour avoir saborder tout le système capitaliste et s’être refait des golden balls en même pas un an avec des comptes truqués et des spéculations en tout genre. Prix Nobel de la paix communautaire : Alexander de Croo : sa brillante intervention de crooquemort aura le mérite de précipiter l’indépendance desdites communautés et d’éradiquer à jamais ces conflits stériles ; et ce faisant, il prive les politicards de leur joujou favori. Alors, suivant. Celui-là, c’est chaque année le même, ça devient lassant : prix Nobel de cache-cache, attribué à Ben Laden, bon on sait. Prix Nobel du come-back le plus pourri : il y avait-là un gros enjeu et le jury s’est étripé pour départager qui de Morcheeba ou Dreadzone l’emporterait. On ne s’étonnera pas de trouver deux groupes anglais dans ces positions très convoitées, et bien c’est Dreadzone qui l’emporte ! Ce groupe de dub, electro, reggae, rock des années 90 aurait déjà dû arrêter depuis longtemps mais il semble s’obstiner à nous servir la musique la plus nulle qui soit avec une recherche avérée des clichés les plus éculés. Leur nouvel album s’appelle ‘Eye On The Horizon’ avec un gros œil avachi qui regarde une ville entière avec concupiscence, on dirait Bart De Wever qui fantasme sur Bruxelles. Je vais donc lui envoyer ce disque en guise de geste pacificateur. Oui je suis comme ça. (jd)


 

41ZKzUp22FLFunki Porcini

‘On’

Ninja Tune

L’un des plus anciens de l’écurie Ninja Tune, Funki Porcini (AKA James Braddell) nous revient pour une cinquième mouture d’un travail toujours basé sur les samples. Travaillant cette matière depuis ‘Head Phone Sex’ sorti en 1995 (soit un peu avant le ‘Endtroducing’ de DJ Shadow), il fait figure de pionnier du trip hop. Manipulant une grande variété de sons (jazz surréel, musique synthétique, cinématique, noise etc.), Funki nous emmène dans des contrées toujours aussi étranges, mais sans doute avec moins de noirceur et plus d’onirisme que par le passé. Le très éthéré ‘The 3rd Man’ fait ainsi référence à ce qu’on souvent reporté les explorateurs de l’Antarctique expliquant qu’ils ressentent par moment la présence d’une impalpable tierce personne dans leur équipe, impression devenue tellement courante là-bas que c’en est devenu un vrai phénomène et sans doute bientôt plus qu’une private joke. ‘Waking Up’ est un long et stimulant crescendo qui va pousser tout quidam à se demander chaque matin à l’instar de Dali : « qu’est-ce que mon génie va encore me faire faire d’exceptionnel aujourd’hui ». Bref voilà un qui travail se joue des frontières stylistiques avec brio et constitue un antidote aux codes psychorigides et formatés. En attendant de les exiler d’urgence sur un îlot gelé, voilà un bon disque à offrir à tous ces politicards belges aux neurones plus griffés qu’un vinyle des années 60, afin qu’ils remettent en cause leurs consternantes certitudes. (jd)



 

Javelin

‘No Mas’

Luaka Bop Records

Dans cet exercice d’electro pop kitch qui fera un malheur dans les boutiques qui vendent des gadgets 80’ et des T-shirts branchés, on trouve pas mal de titres instrumentaux avec de temps à autre, des petites voix frelatées au vocodeur. Dans ces petites ritournelles acidulées pour la forme mais insipide dans le fond, on entend distinctement ce duo new-yorkais railler notre pays avec des choses comme : tendez votre cul, Belgique, tendez plus haut, svp, aub. Oui voilà, encore un petit effort, oh oui, comme ça ! Il y a encore un parti flamand qui veut se faire une réputation sur votre dos. Euh, pardon je devrais dire dans votre cul, haha. Non pas besoin de vaseline, ça va encore grever le budget fédéral et qui va payer pour ce pot-là, la Sécu ? Puis, vous avez l’habitude depuis tout ce temps. Quoi ? Bon, allez mais un tout petit peu, hein. C’est vrai que ce n’est que le début d’une longue, longue tournante, d’un véritable carrousel faut-il dire. D’autant qu’il y a vos gentils petits amis francophones là, qui attendent leur tour, en s’astiquant la quéquette électorale… Bon, petites quéquettes mais de quoi vous saigner quand même ; les calibres bazookas, on les trouve que de l’autre côté de la frontière, c’est là qu’il y a l’argent, le pouvoir et les gens qui ont des convictions, des gens burnés quoi, vous le savez quand même. Ah ! Voilà qu’arrive le jeune Alexander avec sa tête de gland. Il va vous chanter une petite chanson américaine pour rendre le moment plus distrayant, ça s’appelle ‘I’m Bad, I’m Nationwide’. Allez, plus haut ton cul, plus haut ! Et tu te tais. Dans toutes les langues. Je ne veux même pas entendre le moindre popopom. (jd)


 

51SVCKZGUwLThe Jon Spencer Blues Explosion

‘Dirty Shirt Rock’n’Roll : The First Ten Years’

Shove/Bertus

Déjà 20 ans pour ces déglingués de new-yorkais d’adoption. Jon Spencer vous le dit lui-même : il ne joue pas du blues mais du rock’n’roll qu’il violente de toute les façons possibles et imaginables : rock garage, punk, rockabilly, noise, hip hop electro, tout y passe sans jamais se départir de cette brutalité guitaristique et scénique qui a profondément secoué les entrailles de ceux qui ont osé l’approcher. Pendant ces dix premières années comme les dix suivantes du reste. On trouve donc ici une rétrospective de la période la plus prolifique du groupe livrant un condensé roots et terriblement féroce d’un groupe qui a détruit et reconstruit les bases d’une certaine musique américaine avec une sauvagerie et une liberté inouïe. Chaque titre affiche une puissance absolument intacte à retourner la moindre salle de concert par laquelle le groupe est passé… celle de l’AB doit encore s’en souvenir. Et par ailleurs c’est ce que celui-ci s’apprête à faire à nouveau. Du reste, beaucoup de groupes se souviennent encore de leur son et de leur énergie incomparable, à commencer par White Stripes qui lui doit beaucoup. À la différence que The Jon Spencer Blues Explosion a réellement inventé quelque chose dans le blues et dans le punk à la fois. Une sacrée stature qu’on retrouve avec plaisir. (jd)


***

51MTY6LWtZLBallaké Sissoko & Vincent Segal

‘Chamber Music’

No Format

Ayant pris le temps de se connaître et d’apprivoiser leurs univers musicaux respectifs (la kora pour l’un, le violoncelle pour l’autre), ces deux musiciens ont finalement décidé d’enregistrer ensemble. Prenant la forme d’un duo dans son plus simple appareil, on ne peut que se délecter de cet art de la conversation que se font ces deux artistes au travers de leurs instruments contrastés : sonorités aiguës et célestes de la kora, basses et ancrées du violoncelle. Après trois ou quatre morceaux, on se prend au jeu de ces réparties : non pas qu’elles soient d’une virtuosité exceptionnelle mais plutôt qu’elles tournent autour de boucles hypnotiques induisant une transe toute douce en particulier sur ‘Histoire de Molly’ et ‘Wo Yé N’Gnougobine’. Il s’agit-là de musiciens brillants qui se font un plaisir de musiciens mais qui captivera également ceux qui ne le sont pas. À l’écoute de ce disque, on repense immanquablement à la magie méditative de celui qui avait réuni Toumani Diabaté et Ali Farka Touré. Troquant la guitare pour le violoncelle, ce ‘Chamber Music’ approche fortement de ce qu’on pouvait y ressentir et va vous faire léviter de quelques millimètres, du moins si vous acceptez de vous laisser faire. (jd)


 

Ty

‘Special Kind Of Fool’

BBE

T’aimes ça toi le rap Belgique de papa ? Tant mieux car Ty, c’est pas trop son truc non plus. Non ça n’a rien à voir avec la frontière linguistique, il est anglais, il est plus ouvert que ça. Il n’est pas révolutionnaire non plus mais on apprécie la palette sonore assez diversifiée allant de la soul au funk, en passant par le two step et les sons 80’s et les samples mille feuilles. À partir de cette matière, Ty et son co-producteur Drew Horley, délivrent une instrumentation originale prenant la tangente par rapport aux canons du hip hop. Mellow et accessible, cet album bénéficie également des talents d’écriture du Ty qui ont été soulignés dans toutes ses productions précédentes (3 albums de 2001 à 2006 et des collaborations avec De La Soul, Tony Allen notamment). Son flow ne cherche pas à en mettre plein la vue, mais fait des ravages sur des titres comme ‘Heart Is Breaking’ et ‘Little Star’ tant il s’intercale avec dextérité dans les beats, qu’ils soient désarticulés ou up tempo. Mais là où il se distingue le plus de ses congénères, c’est que Ty délivre un hip hop qu’on sent très enjoué doté d’un sens de l’humour peu répandu. Big up. Une question pour les spécialistes hip hop : comment on dit le contraire d’une big up ?? C’est pour tout le gouvernement belge et tout le bordel qu’il nous a foutu… des fois qu’ils n’avaient rien d’autre à faire de leurs journées. Un big down ou quoi ? Mais alors un gros, bien nationwide ! (jd)



51LmYL803fLMulatu Astatke

‘Mulatu Steps Ahead’

Strut/PIAS

Après la brillante collaboration avec The Heliocentrics, Mulatu Astatke sort à nouveau un disque sur Strut Records et c’est presque un événement pour lui qui n’avait plus sorti d’album à lui seul depuis les années 80’. Il a choisi de défricher ici une nouvelle direction de l’ethio-jazz. Laissez un peu de côté ce que vous connaissiez à commencer par cet album avec les Heliocentrics de même que l’Ethiopiques vol. 4 et toutes ces audaces rythmiques, psyché, etc. Poursuivant son travail d’exploration entre les cultures musicales éthiopiennes, africaines et occidentales, Mulatu nous livre une fusion qui, à défaut d’être toujours aussi novatrice, est à présent plus orchestrale. C’est la présence du Either/Orchestra in Boston et des vibraphones de Maître Mu qui imprègnent le disque sans pour autant éclipser les musiciens éthiopiens venus avec leurs inputs, notamment avec leurs instruments et leurs rythmes (‘Assosa’ est basé sur la musique de la tribu du même nom). ‘I Faram Gami I Faram’ donne quant à lui une interprétation éthiopienne du style afro-cubain (à moins que Maître Mu ne vous dise que c’est l’inverse…) dont il est fascinant de repérer l’ADN qui relie tous ces styles (non c’est pas une salsa à la sauce raï !). Un nouveau disque qui, s’il n’est pas aussi fascinant et excentrique que son prédécesseur, en est sans doute d’autant plus savant. (jd)

 

Rodrigo Leao & Cinema Ensemble

‘A Mae’

Difference/Uguru

Comme une mouche cantharide sur un caca, ce disque fait appel au meilleur de mes connaissances musicales. Mais quelle muse a bien pu sucer notre inénarrable rédac chef pour me filer un disque pareil ? Sans mentir, le sked commence par quelques accords plaqué au piano, puis de cordes pour dramatiser un peu. Ensuite viennent les arpèges façon B.O du film ‘Une Leçon De Piano’ et un violon d’une finesse bateau. Ah oui et puis y a des vocalises : oooooouuuuu, ooooouuuu, oooouuu et des orchestrations cinématiques, les pizzicatos etc. C’est visiblement l’intension des créateurs, si on en croit le titre. Le problème est que toutes ces mélodies et ces orchestrations sont d’un kitsch abominable, comme un mélange entre un générique de dessin animé du début des années 80 (je sais de quoi je parle) et des assemblages de notes façon mélodie de ‘L’Amour En Héritage’, ‘Autant En Empitre Le Vent’, I am your man and you are my woman chanté en duo par Pavarotti et je ne sais qui ; il y a un peu du larmoyant ‘Stewball’ pour les fans de Hughes Aufray et les boy-scouts. Et toujours plein de violons qui viennent verser en solo leurs larmes de crocodile. De façon incompréhensible Stuart Stapes de Tindersticks, qui personnifie LE chanteur masculin dont la voix est un pur moment de grâce, vient gaspiller ses cordes vocales sur un ‘The Lights Holds So Many Colors’ qui se veut gracieux et élégiaque mais qui est juste affreusement pathétique. Sked qui conviendra parfaitement pour fêter le pot de départ avarié d’un collègue qui a déjà claqué cinq fois sa dém’ mais dont le boss ne peut se séparer. Pas mal aussi pour célébrer l’enterrement d’un pays que beaucoup souhaite voir six pieds sous terre, des fois que vous trouviez le J-S Bach trop old school ou bien trop Belgique de papa comme il convient de dire à présent. (jd)




The Peas Project

Party Pushers

Tout droit sorti d’une galaxie funk en pleine mutation, le nouvel album autoproduit de The Peas Project est une petite bombe institutionnelle qui fait sauter les codes habituels du genre. Discussion intarissable avec quelques-uns des Peas, Jay, Marc, Fred et DJ Mellow qui nous retracent le parcours d’un album « from outer space » mais toujours diablement funky.

Sur ‘Power & Romance’, on entend un son qui est fort différent de votre album précédent. Expliquez-nous d’où est venue cette nouvelle approche.

The Peas Project : « Il y a plusieurs raisons. À l’origine, The Peas Project était et est toujours un groupe de scène avec un style et des places bien précises pour les musiciens. Mais maintenant on est entré dans une ère où, en plus de la scène, il y a la production. On dispose tous d’un home studio sur lequel on travail chacun de notre côté en mettant ensuite en commun nos idées et nos trouvailles. Donc on fait de la musique en studio et plus seulement sur scène ou dans des locaux de répétitions. Ensuite, réunir un groupe de onze personnes pour créer un nouvel album n’était pas quelque chose d’évident. Par la force des choses, une cellule plus restreinte a continué à travailler et avancer en studio sur des musiques qui nous plaisaient, c’est-à-dire surtout sur des beats et des rythmes sur lesquelles on a composé beaucoup de ces nouveaux titres. En fait cette façon de travailler, c’est le contraire de ce qu’on a fait avec le premier disque qui était le résultat de trois années de construction musicale tous ensemble, en répèt, en live, où on cherchait des compos, des arrangements à onze, etc. »


Donc sur ce disque, exit les batteries, les guitares, les scratchs et place aux synthés et aux boîtes à rythmes alors ?

The Peas Project : «  Oui car ça n’aurait pas fonctionné du tout de la même façon si on l’avait fait à l’ancienne. Par contre pour les lives, on a réadapté toute cette musique expérimentée et élaborée en studio avec un vrai batteur et tout le groupe habituel pour qu’elle puisse apporter l’énergie différente qu’il faut pour les concerts. Parce que pour nos concerts, on a toujours cette démarche funky et dansante où on joue avec plein de musiciens plutôt qu’avec plein de machines et deux musicos. Maintenant on est dans la logique de l’entonnoir où toute la créativité studio a été canalisée de la façon qu’on entend sur le disque puis tout cela rejaillit sur scène d’une nouvelle façon qui est très big band en fait. »


 

De fait, on parle de ces sons électroniques mais une des caractéristiques du groupe est d’avoir pu allier cela avec des cuivres toujours aussi funky mais qui ont des arrangements tout à fait particuliers, même pour du funk…

The Peas Project : « En effet on a été confronté à quelque chose de particulier et d’assez excitant en tant que musicien et souffleur. Par exemple sur ‘Naked Truth’, on a expérimenté des lignes de cuivres avec un ordinateur et un programme arpégiateur très sophistiqué. Il en est sorti quelque chose de tout à fait inattendu qu’un musicien n’aurait jamais sorti comme ça de son chapeau. Car ça n’aurait pas sonné naturel du tout. Mais en retravaillant tout cela, on est arrivé à un résultat vraiment original. Composer une ligne avec un outil informatique sans tenir compte des contraintes instrumentales puis revenir la jouer avec des instruments, ça génère plein de choses auxquelles on n’aurait jamais pensé. C’est quand les machines arrivent à nous surprendre et à contribuer à la créativité et non pas à l’enfermer. Cette façon de travailler qu’on retrouve à différents niveaux, est aussi révélatrice des clichés funk qu’on a voulu dépasser avec cet album. Ceci afin de quitter un certain traditionalisme dans la façon de jouer de nos instruments. On a le plus grand respect pour les grands maîtres du funk et de la soul mais on a voulu proposer quelque chose qui soit différent de ce qu’on entend partout. C’était vraiment un leitmotiv pour ce nouvel album. »

Respect, respect, c’est vite dit, vous flinguez quand même ostensiblement le R’n’B classique sur ‘R’n’B is Dead’ !

The Peas Project : « Il fallait tuer le père pour passer à autre chose, comme on dit ! Donc à la fin du morceau il y a ce soliste qui se fait buter car il ne fait qu’imiter les clichés du style déjà 1000 fois entendus ; c’est un petit clin d’oeil humoristique, c’est aussi ça le funk, savoir déconner, mettre un peu d’autodérision. Malgré tout, la filiation est là et à notre niveau c’est un peu ce qu’il s’est passé entre notre premier et second album : une approche assez classique du funk puis une interprétation beaucoup plus ouverte tout en en gardant l’essence. C’est notre funk attitude en 2010 ! »


C’est comme ça qu’on trouve quelques rythmes un peu afro ?

The Peas Project : « C’est assez nouveau par rapport à l’album précédent mais dans nos live, on avait commencé à jouer ce genre de chose vers 2008. Pour nous le funk est toujours là mais peu à peu, de nouvelles choses se sont profilées dans notre façon de concevoir et de jouer notre musique. Il faut reconnaître que l’afrobeat et toutes ces musiques populaires des pays du sud sont terriblement festives et dansantes, ce qui cadre très bien avec notre projet et notre conception du funk. Mais ce qu’il faut dire aussi, c’est que beaucoup de ces musiques du sud sont en plein boom, grâce à l’électronique qui permet de composer très simplement. Tout cela revient ensuite chez nous avec le baile funk, le kuduro etc. qui offrent des grooves très dansants et qui sont de plus en plus présents dans les musiques électroniques en général. Dans cette nouvelle vague de world music, c’est clair que l’électronique est passée par là, et nous, ces grands échanges nord-sud nous intéressent à fond. Ça donne quelque chose très frais et une grande envie de faire quelque chose de neuf et de se réunir pour faire la fête. Tellement qu’on a déjà commandé une série de remix des titres de cet album avec une orientation carrément dancefloor… »


Un disque disponible numériquement : ‘Power & Romance’ ou sur :

Suivez le guide : http://www.myspace.com/thepeasproject

On stage :

- 28 mai : Brussels Jazz Marathon, Grand Place

- 4 juin : White Hotel Jazz Sessions

- 3 juillet : Bruxelles Les Bains

 

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14 mai 2010

Memory lane n°2......

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14 mai 2008, toujours une date à célébrer!!! So long now........

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23 avril 2010

Rock da spot

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Beaucoup de très bons disques ce mois-ci, principalement en provenance d'une Afrique métissée mais aussi de Belgique ou ce qu'il en reste avec The Peas Project qui font en funk ce que peu osent faire (ne les manquez pas sur la Grand Place de Bruxelles pour le Jazz Marathon le 28 mai!) ou encore Quentin Dujardin dont les guitares ont le don de mettre l'âme en repos. Chroniques à paraître dans le prochain Rif Raf qui paraîtra fin du mois. Soundtrack en fin de post.

Appel aux musicos: si vous êtes à la recherche d'un endroit public où jouer, venez au Java Bar (celui-là où je mixe tous les vendredis et samedis, situé en plein centre de Bruxelles à côté des Halls Saint-Géry) car le mercredi est dévolu aux jams et le jeudi aux concerts en tous genres. Contactez-moi via ce blog ou check it on Facebook. Le 29-04, je participe à un DJ contest dans le même coin, au Live Café, juste à côté de l'AB, 21h00... Sunsplash music of course!

The Peas Project

‘Power & Romance’

The Peas Project

Give it up for the Peas Project ! Sorte de big band diablement funky et habitué des scènes où ça transpire, les petits pois belges du funk n’ont cessé de grandir depuis leurs débuts en 2003. Du Jazz Marathon aux premières parties de Maceo Parker, en passant par le Couleur Café, voilà un parcours assez révélateur et qui a mis la fièvre à bien des spectateurs. Pour leur second album, on retrouve le groupe en grande ébullition. On y entend de la matière nouvelle et pour le moins inattendue : certes du funk et encore du funk mais moins organique et avec un son délibérément électronique. Partant de cette synthèse, on ne sera pas étonné d’entendre un Peas Project lorgnant vers un hip hop d’avant garde mais pas seulement. En plus de cette production réellement innovante, chaque titre est d’une originalité qui mérite plus qu’une ou deux écoutes : ‘Naked Truth’ trotte au son de kicks et de claps si cadencés qu’ils mènent tout droit à un refrain ska soutenu par leur terrible section cuivres jouant un air déglingo-balkanique éloquent. ‘The Romantic’ claque sur un rythme afrobeat futuriste témoignant que le groupe n’a rien perdu de son sens du groove tout en poussant la créativité vers des chantiers sonores vraiment audacieux et stylés. Bien peu sont ceux qui osent une telle mutation et elle est sacrément réussie ! On a hâte de voir et revoir ça sur scène. Et à ceux qui pourraient en douter, leur recette en live pour la transmutation du son en sueur est peu ou prou toujours la même : groove it to your body and dance ! (jd)



Quentin Dujardin

‘Impressionniste’

Agua Music

Impressionniste_Quentin_Dujardin_aguamusicPasser près d’une heure en compagnie de la musique de Quentin Dujardin, c’est une heure hors du temps, c’est un moment singulier où l’on se soustrait à tout ce qui nous alourdit. C’est le pouvoir de sa guitare et ses compositions : elles vous élèvent. Rien de high, rien d’artificiel. Juste quelques notes suspendues aux cordes de ses guitares et tout ce qui fait la différence d’un musicien qui fait corps et cœur avec son instrument. Sur chacun des titres de ce très beau ‘Impressionniste’, le ressenti de Quentin Dujardin est palpable : il s’écoule des doigts, il s’égraine ou il glisse, selon le mode d’expression qui lui siéra le mieux. Mais aucune de ces mélodies ou de ces airs ne vont s’imposer à vous de façon racoleuse. Il faut prendre le temps de s’asseoir, d’écouter sans rien d’autre à faire et de se laisser finalement emporter. Passant d’un monde à l’autre, on découvre son imaginaire tissé avec rien d’autres que des guitares classiques, slide ou 12 cordes. D’une richesse émotive et picturale envoûtante, ces quelques instruments ainsi qu’un jeu fluide et pur suffisent à créer un univers musical tout à fait unique. À peine quelques percussions et l’harmonica de Toots Thielemans viennent émailler certains morceaux. D’une façon plus dépouillée et sincère que jamais, Quentin Dujardin nous invite à partager tout en finesse ces mondes (et Dieu sait s’il a voyagé !) qui trouvent en lui une cohésion et une intériorité incomparables. (jd)


Dobet Gnahoré

‘Djekpa La You’

Contre Jour

On ne vantera jamais assez le travail remarquable fait par le petit belge Contre Jour. Infatigable défricheur de talents, c’est à lui qu’on doit la découverte d’artistes africains exceptionnels tels qu’Habib Koité, Gangbé Brass Band ou plus récemment, Afel Bocoum. Non content de présenter régulièrement des productions hautes en couleur et en qualité, Contre Jour assure suivi et développement de la carrière de ses artistes et ce troisième album de Dobet Gnahoré en est une excellente preuve. Son album précédent ‘Na Afriki’ avait été une révélation vocale et scénique (Dobet est également une danseuse à couper le souffle) et ‘Djekpa La You’ vient affirmer encore tout le talent de la jeune chanteuse ivoirienne. Toujours accompagnée du Français Colin Laroche de Feline dans le travail de composition (et sur scène), Dobet Gnahoré brandit sa voix dense comme l’ébène pour chanter toutes celles qui, à travers l’Afrique, lancent une mélodie, une berceuse, un élan vocal pour accompagner les tâches quotidiennes ou pour chanter leurs amours, leurs souffrances, leurs enfants, l’exil… Les guitares sont d’une belle volubilité et condensent bien des styles du continent pour habiller des chants d’une évidente africanité. Fière, généreuse et authentique, voilà une artiste dont tout le talent s’apprécie à chaque écoute du disque et plus encore sur scène lorsque vous la verrez danser ! Vous savez déjà où aller cet été… (jd)


Fredy Massamba

‘Ethnophony’

Skinfama

Pour son premier disque, Fredy Massamba réalise un fort beau coup : il porte le hip hop africain vers des directions nu soul, tout en restant éminemment ancré dans la puissante tradition vocale africaine. Il faut dire qu’il n’est pas un apprenti non plus car lorsqu’il faisait partie des Tambours de Brazza, il fit plusieurs fois le tour du monde et collabora de près avec Manou Gallo, Zap Mama ou encore Didier Awadi de Positive Black Soul. Originaire de Pointe-Noire (Congo-Brazzaville), il possède son sujet depuis l’enfance, tout en ayant un pied dans la culture occidentale pour habiter l’Europe par après. Les beats sont d’une précision et d’une pureté qu’on trouve chez quelques grands artistes hip hop US. Ils permettent à Fredy de venir y poser sa voix qui oscille entre chant vif, poignant et un flow sans l’air d’y toucher. Sur chaque titre, elle est portée par des chœurs tout à fait sublimes. Sur quelques-uns, les arrangements font la part belle aux instruments traditionnels afin de mettre en avant leur sonorité spécifique. On a grand plaisir à écouter cette galette qui propose un hip hop qui, loin de tomber dans les poncifs du genre, vient le revivifier avec talent, classe et dignité. (jd)

Manou Gallo

‘Lowlin’

Zig Zag World/Igloo Records

phpThumb_generated_thumbnailTroisième album de la bassiste ivoirienne basée à Bruxelles. Notre « femme de rythme » préférée avait sorti en 2002 et 2006 deux albums remarquables marqués par les slaps d’un funk brut et par une créativité vocale toute africaine. Suite attendue ‘Lowlin’, est davantage un album de chansons que de funk où la basse et le rythme seraient tout puissants. Plus intimistes, on sent que les titres ont pris leur temps pour maturer et on entend avec plaisir des compositions assez élaborées notamment au niveau des harmonies vocales qui sont particulièrement soignées. La présence de Marie Daulne et Sabine Kabongo (Manou est la bassiste de Zap Mama) sur certains titres y est sûrement pour quelque chose… C’est un album sur lequel Manou Gallo se fait également le plaisir d’inviter d’autres intervenants comme Khadja Nin et Baï Kamara pour de sympathiques duos. Avec un jeu de basse toujours aussi original mais plus en douceur, elle lorgne même vers le reggae (‘If You Need Some Time’) et le blues (l’excellent ‘Blouz’ où elle donne son interprétation du genre). Enfin, gros coup de cœur pour la chanson ‘Woya’ qui possède une mélodie mignonne comme tout et qui va vous dessiner un grand sourire tous les matins ! Imparable ! (jd)


 

Victor Démé

‘Deli’

Chapa Blues/Naïve

Il est tellement doué pour les petites chansons toute simple, tout en mélodie et en rythme doucement chaloupé, qu’il pourrait être le Manu Chao africain. La comparaison s’arrête sans doute là étant donné qu’ils n’ont pas vraiment le même âge, (papa Démé est un vétéran avec trente ans de carrière au Burkina Faso) et qu’il est capable d’écrire des chansons d’une grande profondeur. C’est dans cet esprit-là que s’ouvre son nouvel album : des chansons assez posées aux mélodies d’inspiration traditionnelle tout à fait abordables. Mais c’est un peu mou quand même. Pas du tout qu’elles soient mauvaises mais la succession de rythmes assez similaires vient susciter une certaine torpeur. Ce n’est qu’au cinquième titre qu’on a l’impression que l’album démarre vraiment. Et là Victor Démé se révèle être un virtuose du sur mesure : tout en ayant son style, il explore des nouvelles facettes de sa magnifique voix (tradition Salif Keita ou Mory Kanté), des rythmes nouveaux (angolais , country folk, un zeste de funk, des chœurs dont les mélodies ne sont pas sans rappeler les chants traditionnels hawaïens…). Tous ces arrangements sont d’une limpidité et d’une imagination admirable faisant de ‘Deli’ une réussite d’une grande authenticité approfondissant et dépassant ce que son premier disque laissait entrevoir. On regrettera juste certaines longueurs en début d’album. (jd)


Cibelle

Las Venus Resort Palace Hotel

Crammed

cram142_02Longtemps attendu après le brillant "The Shine Of Dried Electric Leaves", le nouvel album de Cibelle est à l’image de la pochette : un espèce de bric à brac sonore et mélodique où l’on retrouve avec grand plaisir la voix merveilleuse et enjouée de la Brésilienne. Voici comment elle nous explique ce curieux phénomène qui reste pour le moins hétéroclite: « ‘Las Venus Resort Palace Hotel’ où se produit Sonja Khalecallon (aka Cibelle) est le seul endroit resté intact après l’apocalypse. Sonja vous invite à plonger dans son monde sur fond de musique exotique mutante, une sorte de bande-son pour un cabaret tropical punk post nucléaire ». Cela correspond bien à son personnage mais permet surtout de mettre en scène tous ces titres pour le moins disparates : à la fois pop tropicale (‘Underneath The Mango Tree’ très hawaïen), electro dub angélique (‘The Man From Mars’ c’est le directeur musical de Bjork, Damian Taylor, qui a produit l’album), country folk (‘The Gun And The Knife’), cabaret bastringue (‘Melting The Ice’), les compositions vont dans toutes les directions. Je me demande cependant si Cibelle n’en fait pas un peu trop car à force de vouloir tout explorer, on a peine à retrouver la cohérence et l’élan qui avait fait de ‘The Shine Of Dried Electric Leaves’ un album remarquable. Il faut reconnaître que ‘Las Venus…’ comporte des titres très inspirés (le céleste ‘Sad Piano’ et cette superbe bizarrerie orientale ‘Braid My Hair’) et assez personnels même dans ses emprunts stylistiques mais il manque cette grâce que Cibelle nous avait offerte auparavant. On se consolera néanmoins sans trop de mal au son cette voix sémillante et on honorant la fête décadente à laquelle Sonja et tous les survivants du chaos nous convient avec spontanéité et de luxure. (jd)


 

The Baseballs

‘Strike’

Warner/Harder

Un grand éclat de rire me prend en écoutant les premières dizaines de secondes de cet album : une bande de jeunes red neck rockers jusqu’au bout des Santiags reprennent l’excellent, le fantastique ‘Umbrella’ de la non moins exceptionnelle Riahnna ! Et quand je dis rocker, c’est à la sauce fifties : voix angélique ou éraillée à la Elvis, petits solos féroces sur des guitares au son vintage, plus un type qui martèle le paino à la Little Richard, le tout pesé, emballé en même pas trois minutes. Eh bien ça dépote franchement car ils ont su insuffler à ces titres cette dynamite que contient tout titre digne de ce genre ! Bon sans doute faut-il aimer ce bon vieux temps du rock’n’roll mais ces gaillards de Baseballs savent y faire en énergie brute aussi bien que dans l’art de faussaire de produits les plus cheap : après ‘Umbrella’, c’est ‘I Don’t Feel Like Dancin’, le cupide ‘Don’t Cha’ des invincibles Pussycat Dolls et pour donner encore plus de change à Jay-Z, l’imbattable ‘Crazy In Love’ qui se retrouve avec une paire de coucougnette que ne déclinerait pas Beyoncé. ‘This Love’ de Maroon 5 est très habilement re-pondu en un chant de crooner genre ‘You Are My Destiny’ dont le chanteur du groupe se satisfera lorsqu’il en sera réduit aux tournées acoustiques des petits clubs de son pays. Pour finir, le groupe commet l’exploit d’exploser cet ignoble ‘The Look’ de Roxette ( !) en un tube rock’n’roll qui n’a pas d’âge, venant faire oublier à jamais la version originale. Saluons le talent de réinterprétation totale de ce trio allemand qui doit sûrement faire du VRAI rock’n’roll pas piqué des hannetons. I know, it’s only pop’n’roll but I like it… (jd)

Soundtrack


1. Jay-Z: 99 Problems (& the bitch ain't one)

2. Redman: Rock da spot

3. The Peas Project: Naked Truth

4. Rated X: Let's Fuck

4. Rouge à Lèvre: Gash

4.Foreign Beggars: Contact

4. Manou Gallo: Woya

5. Max Romeo: One Step Foreward

6. Gregory Isaac : Mr Cop

7. The Jimi Hendrix Experience: Come On! (Let The Good Time Roll)

8. VV Brown: Quick Fix

9. Fujiya: Electro Karaoke

10. Holy Fuck: Super Inuit

11. Deliquent Habit: Tres Deliquentes

12. Junior Walters & The Allstars: Money (That's Waht I Want)

13. Tower Of Power: Only SO much Oil In The Gournd

14. BT Express: Shake It Off

15. James Brown: Get Offa That Thing

 

Posté par cloudsleeper à 16:23 - Commentaires [0]